Le bas-relief de la façade du Palais de la Porte Dorée

Rythmée par des allégories, au milieu d’une faune abondante et d’une flore luxuriante, cette “tapisserie de pierre” de 1130 mètres carrés exalte les richesses coloniales. Réalisée en moins de deux ans par Alfred Auguste Janniot, sculpteur spécialisé dans les décors monumentaux, elle se voulait une illustration des apports économiques des colonies à la métropole.

Une façade d'exception, “encyclopédie” sculptée des colonies

Façade du Palais © Cyril Sancereau, EPPPDFaçade du Palais © Cyril Sancereau, EPPPDFaçade sud du Palais de la Porte Dorée. Photo. : Cyril Sancereau © EPPPDFaçade sud du Palais de la Porte Dorée. Photo. : Cyril Sancereau © EPPPD

La façade majestueuse du Palais de la Porte Dorée, au décor de pierre animé, est un témoignage d’une tendance de l’esthétique Art déco qui se nourrit d’exotisme. Elle s’inscrit dans le programme iconographique commandé aux artistes dans le cadre de l’Exposition coloniale de 1931, avec une fonction idéologique très claire : éveiller la conscience coloniale des Français et montrer la richesse et la diversité des peuples, de la faune, de la flore et des produits des Colonies.

Alfred Auguste Janniot débute son travail en atelier, assisté de ses élèves et entouré de modèles prenant la pose. Il élabore dans la terre glaise des bas-reliefs à demi-grandeur qu’il reporte ensuite dans la pierre, suivant des calculs de proportion. Le style sculptural des années 1920-1930 est mis au service de la propagande impériale : figures imposantes et musculeuses, nature luxuriante et sauvage, visages ethniques reconnaissables et simplifiés selon les codes ethnographiques de l’époque.

Détail du bas-relief

Dans un foisonnement de corps à demi-nus, de plantes tropicales et d'animaux exotiques, les sculptures du bas-relief sont un catalogue des richesses agricoles et minières de l'Empire, récoltées par les populations indigènes telles que voulait les représenter le discours colonial.

Bas-relief du Palais : l’allégorie de la France © Cyril Sancereau, EPPPDBas-relief du Palais : l’allégorie de la France © Cyril Sancereau, EPPPD

Le bas-relief est construit autour d’un axe central. Trônant au-dessus de la porte, la France est représentée sous les traits d’une figure allégorique symbolisant l’Abondance vers laquelle tout converge. Différents noms de ports français par lesquels transitaient les produits rapportés d’outre-mer sont mentionnés, de même que celui de l’aéroport du Bourget inauguré en 1919.

À partir de cette figure centrale, les colonies sont réparties, de part et d’autre, selon une logique géographique et symétrique.

Les colonies d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne sont évoquées de gauche à droite ; celles d’Asie de droite à gauche. Sur le côté Est, apparaissent les colonies d’Océanie ; sur le côté Ouest, celles d’Amérique.

Les personnages sont sculptés de profil avec les épaules de face, rappelant l’art égyptien, sauf la France accueillant symboliquement le visiteur avec un visage de face.

Bas-relief du Palais : côté Asie © Cyril Sancereau, EPPPDBas-relief du Palais : côté Asie © Cyril Sancereau, EPPPD
Bas-relief du Palais : côté Afrique © Cyril Sancereau, EPPPDBas-relief du Palais : côté Afrique © Cyril Sancereau, EPPPD

Le bas-relief témoigne d’une vision volontairement idéalisée de l’exploitation économique des colonies dans laquelle, notamment, la dureté des conditions de travail est passée sous silence. La dimension historique est absente de cette frise et apparaît seulement dans la liste des noms des personnages ayant contribué à la conquête coloniale inscrite sur le mur ouest du bâtiment. Cette liste remonte au temps des Croisades et donne une vision rétrospective de l'histoire très idéologique qui avait fait débat, déjà, à l'époque.

Alfred Auguste Janniot

Alfred Auguste Janniot et son modèle pour la scène illustrant le Dahomey, janvier 1930 © Agence Presse IllustrationAlfred Auguste Janniot et son modèle pour la scène illustrant le Dahomey, janvier 1930 © Agence Presse Illustration

Sculpteur majeur de l'Art Monumental et des Arts décoratifs de l’entre-deux-guerres, héritier d’Auguste Rodin, de Bourdelle et de Maillol, Alfred Auguste Janniot est né en 1889 à Paris et meurt en 1969. Il se voit confier des créations ornant de nombreux édifices français, notamment dans les villes de Paris, Bordeaux et Nice.

La notoriété de l'artiste fut plus largement favorisée par le véritable foisonnement artistique et architectural qu'engendrèrent les Expositions Internationales de 1925, 1931 et 1937. Janniot réalise ainsi le bas-relief du Palais de Tokyo sous forme d’allégorie à la Gloire des Arts pour l’Exposition Universelle de 1937.