Les plantes que vous pourrez venir admirer dans le jardin du Palais de la Porte Dorée sont toutes venues d’autres continents: Asie, Afrique, Amérique... Qu’elles aient été importées volontairement ou non, elles se sont acclimatées à nos régions. L'artiste-botaniste Liliana Motta a voulu réhabiliter ces plantes accusées d’être “invasives”, en mettant en avant leurs qualités ornementales, médicinales, alimentaires : genêts, clématites, poivriers côtoient des plantes plus rares qu’il vous reste à découvrir...

 
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Le camphrier (Cinnamomum Camphora) : C’est un arbre originaire de Chine et du Japon. Il est emblématique de la ville de Hiroshima, et, avec le Gingko biloba, le premier, dit-on, à avoir repris après le bombardement atomique. Il est arrivé en Europe en 1727.  Le nom camphre provient du latin médiéval « camfora » qui vient lui-même de l’arabe « al kafur ». Ses feuilles dégagent une forte odeur de camphre quand on les froisse.

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Mahonia faux-houx Atropurpurea (Mahonia aquifolium Atropurpurea) : L’espèce sauvage était utilisée par les autochtones amérindiens à des fins médicinales, tandis que les premiers colons utilisèrent ses baies pour produire une sorte de « vin », faute de mieux. L’espèce a été introduite en Europe en 1893, et on la cultive depuis 1915. On la considère aujourd’hui comme relativement « naturalisée » en Europe, c’est-à-dire qu’elle se développe en milieu naturel sans intervention humaine.

 
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Oranger du Mexique Harrinora (Choisya ternata Harrinora) : C’est un hybride obtenu en 1987 en Grande-Bretagne par Peter Moore, à partir d’espèces introduites en Europe au début du XIXème siècle. Cet arbre a été découvert en 1804 et rapporté par le botaniste Aimé Bonpland de son expédition en Amérique du Nord avec le géographe Alexandre Humboldt. Son nom lui vient de la ressemblance de ses fleurs avec celles de l’oranger. Ne vous attendez donc pas à cueillir ses oranges !

 
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Poivrier du Sichuan (Zanthoxyl(l)um piperitum) : Le poivrier du Sichuan est cultivé en Chine et au Japon depuis des siècles. Il a été découvert et rapporté à Venise par Marco Polo au XIIIème siècle. On cesse de l’utiliser ensuite jusqu’au XIXème, moment où il est redécouvert par les botanistes. Les cuisiniers français l’utilisent depuis les années quatre-vingt : la graine est cuite, réduite en poudre et utilisée comme substitut au poivre.

 
 

 

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Clématite d’Armand (Clematis armandii: Elle fut découverte en Asie tempérée et tropicale par le père Armand David, d’où son nom. C’était un missionnaire naturaliste qui a établi, à la fin du XIXème siècle, un inventaire des espèces végétales et animales de Chine pour le compte du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Elle est ensuite introduite pour la première fois en Europe en 1914 par Ernest H. Wilson, un collecteur anglais pour arboretums. Les clématites ont connu depuis un grand succès dans les jardins d’Europe, succès favorisé par les nombreuses variétés produites depuis.

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Lin de Nouvelle-Zélande (Phormium: Les plantes issues du genre Phormium étaient endémiques, c’est-à-dire présentes exclusivement en Nouvelle-Zélande. Leurs fibres servaient aux Maoris pour fabriquer des cordages, des voiles de bateaux, ou des toits de maisons … C’est au XVIIIème siècle, à l’occasion d’explorations successives du Pacifique, par James Cook, puis par  Nicolas Baudin, que ce genre est décrit, étudié, et que des pieds sont rapportés en Europe. Des semences sont ensuite diffusées à des particuliers grâce à André Thouin, botaniste au Muséum de Paris.

 
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Roseau chinois (Miscanthus sinensis “Morning Light”) : Le genre Miscanthus désigne des plantes herbacées vivaces principalement originaires d’Asie. Elles sont introduites par les horticulteurs à des fins d’ornement, fin XIXème aux Etats-Unis, et dans les années 1930 en Europe. Leur mode de reproduction efficace et leur rusticité les rendent intéressantes pour la production d’agrocarburants. Mais c’est aussi à cause de ces caractéristiques que plusieurs espèces de Miscanthus sont aujourd’hui jugées invasives aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande.

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Genêt d’Espagne (Spartium junceum) : Contrairement à ce que son nom indique, ce genêt provient d’Afrique du nord, d’Europe méridionale et d’Asie du Sud-Ouest. C’est une plante connue dès l’Antiquité, utilisée par les Grecs et les Romains pour le textile et les cordages. On continue de l’utiliser pendant le Moyen Age en Europe, où ses tiges servent à la fabrication de vêtements, tapis et tapisseries. De nos jours, c’est surtout pour sa floraison qu’elle est appréciée.

 
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Yucca : Il y a trois espèces de Yuccas  dans le jardin de la Cité : Yucca gloriosa, Yucca rostrata, Yucca filamentosa. Les Yuccas ont tenu une place importante dans l’agriculture mexicaine et indienne. Très vite après la découverte de l’Amérique, des plants sont rapportés en Europe et cultivés en serre chaude. Pourtant, même des siècles après son acclimatation, elle alimente toujours les fantasmes : des rumeurs ont ainsi circulé dans les années 80 au sujet d’araignées prétendument surgies de Yuccas chez des particuliers.

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Chimonanthe (Chimonanthus praecox) : Cette espèce originaire du sud et du centre de la Chine a la particularité de fleurir en hiver (d’où son nom de « praecox »). Son introduction en Europe date du XVIIIème siècle, lorsqu’un plant est envoyé à un Anglais, Lord Coventry, qui faisait redessiner ses jardins. En Chine, des propriétés médicinales sont prêtées aux tiges, aux bourgeons et aux racines, qui soignent la grippe et les rhumatismes

Arbre du clergé (Clerondendrum trichotomum) : Ses fruits bleus et pourpres, non comestibles, restent sur l’arbre tout l’hiver. Ils étaient utilisés au VIème siècle par les Japonais pour colorer les armures de samouraïs. L’espèce a été importée du Japon en 1843 par le célèbre botaniste bavarois Philip von Siebold. On retrouve sa trace en 1928 parmi les espèces proposées à la vente par un pépiniériste danois, Aksel Olsen. Aujourd’hui,  il se trouve facilement en jardinerie.

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Euphorbe (Euphorbia char. “Blue Wonder” ou Euphorbia griffithii Fireglow) : Les euphorbes se rencontrent sur tous les continents et dans tous les milieux. La première euphorbe a été décrite vers 1750. En Europe, ces plantes sont disséminées de l’Espagne à la Scandinavie. Il faut éviter de les manipuler à mains nues, car elles produisent dans leurs tiges du latex, un liquide blanc très toxique qui apparaît à la cassure.

 

Tritomes à longue grappe (Kniphofia uvaria) : L’espèce provient d’Afrique du Sud. Elle a été nommée en l’honneur du physicien et botaniste allemand Johann Hieronymus Kniphof, qui a vécu au XVIIIème siècle. Elle est introduite en Angleterre vers 1770 mais n’est cultivée à des fins ornementales qu’à partir du XIXème siècle. Aujourd’hui, elle est présente sur tous les continents, dans les jardins d’Europe, d’Amérique du nord, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

 
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Chèvrefeuille nain (Lonicera nitida) : Il vient de Chine. Son nom lui a été donné par Linné, botaniste suédois qui a inventé la classification de la flore, en souvenir du médecin botaniste allemand Adam Lonitzer (1528-1586). L’introduction du chèvrefeuille nain en Europe est assez tardive, entre 1908 et 1910. Dans certaines zones urbaines du nord de l’Europe, notamment en Grande-Bretagne, il commence à être considéré comme une espèce invasive.

Holboellia latifolia : Originaire des pentes montagneuses de l’Himalaya, cette plante grimpante est décrite par le chirurgien danois Nathaniel Wallich (1786-1854) lorsqu’il fait l’inventaire de plantes du Népal en 1824. C’est Wallich qui a formé le nom Holboellia, d’après Ludvig Holboll (1765-1829) qui était surintendant du Jardin Royal de Botanique à Copenhague. Les premiers plants cultivés sont obtenus en serre dès 1847. Il a fallu cinquante ans de plus pour obtenir des fruits, qui sont violets et gros comme la main

Jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum Lindl.) : Contrairement aux autres jasmins, sa floraison est inodore. C’est une plante d’Asie tempérée, introduite en Angleterre en 1844 par Robert Fortune, un botaniste britannique parti collecter des végétaux pour le compte d’une des Sociétés d’Horticulture de Londres. Avec la signature du traité de Nankin deux ans plus tôt entre la Chine et le Royaume-Uni, qui mettait fin à la première guerre de l’opium, il devenait possible pour un botaniste de voyager en Chine.

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