Mohamed Mbougar Sarr pour Silence du chœur (Présence africaine)

prix litteraire 2018 jury

Membres du jury 2018. Photo Anne Volery © Palais de la Porte Dorée

Le prix récompense chaque année une œuvre de fiction écrite en français ayant pour thème l’exil, l’immigration, les identités plurielles ou l’altérité liée aux réalités migratoires.
Cette année, devant un jury présidé par Jean-Christophe Rufin, les lycéens ont défendu avec conviction les livres de la séléction 2018.

Le lauréat

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Photo Anne Volery. © Palais de la Porte Dorée

Né au Sénégal en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est l’aîné d’une famille de sept garçons. Il intègre le Prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal en 2002.

Lauréat du prix Stéphane Hessel (RFI, Alliance francophone) pour sa nouvelle La cale (2014), puis du Prix Ahmadou Kourouma et du Grand Prix du Roman métis (2015) pour son premier roman Terre ceinte, il a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite par le Président de la République du Sénégal.

Après des études en classes préparatoires littéraires au Lycée Pierre d'Ailly de Compiègne, il poursuit en France son cursus à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales tout en confirmant son goût pour la littérature et la philosophie.

Silence du Choeur est son deuxième roman.

Rencontre avec Mohamed Mbougar SARR, lauréat du Prix 2018

Le roman

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L’arrivée de soixante-douze migrants dans la petite ville d’Altino, en Sicile, est en résonnance avec l’actualité, à la façon dont les discours impersonnels sur les migrants finit par déshumaniser des hommes et des femmes. Mohamed Mbougar Sarr a choisi de rendre une partie de cette humanité perdue à ses personnages : ils ont des noms, des histoires, une mémoire, des rêves, voire des vies à venir. Comme si l’hospitalité, la solidarité et l’accueil pouvaient perdurer malgré l’hostilité affichée de certains à l’égard de ceux qui arrivent. Entre l’accueil et le rejet, les habitants s’organisent, se divisent, s’engagent. Les deux « camps » peuvent s’exprimer.

Le curé d’Altino parle de l’Europe et critique son « humanisme dégénéré ». « Qui sont-ils ? … Je ne sais pas vraiment. Leur traversée est une part de ce qu’ils sont. Mais ce qu’ils sont au fond d’eux, leur voix la plus intime, je ne suis pas certain de l’avoir déjà entendue. Je perçois des échos faibles. » L’attente est une autre question centrale dans ce roman. Tout un chapitre y est consacré, les migrants attendent une solution juridique à leur statut, un dénouement : « Ça fait presque six mois qu’ils sont là. Ils commencent à s’impatienter. Leur rêve n’est pas encore brisé, mais il se fissure ; Babel tremble. »

Le roman adopte une variété de formes narratives qui alternent avec une extrême fluidité (extraits  du carnet de voyage d’un migrant, d’articles de journaux…). En multipliant les points de vue et en diversifiant son récit, l’auteur parvient à construire un véritable caléidoscope de la situation migratoire contemporaine. L’écriture reflète la difficulté de gérer cette co-présence sur un même lieu et d’arbitrer entre le devoir  d’hospitalité et les réflexes de rejet. La fin du roman (un coup de génie) est très ingénieuse car elle met les migrants et les habitants de l’île face au même danger. Faut-il être menacé par un danger pour redevenir égaux ?