Les fresques s’étendent sur tout le tour de la salle et entendent illustrer les apports de la France aux colonies. Chacun de ces apports est représenté à la fois par une allégorie et par des scènes de la vie quotidienne qui l’illustrent.

Des allégories pour un discours colonialiste

Sur les murs qui entourent la salle, sont représentés à droite l’art, la paix, le travail et le commerce et à gauche l’industrie, la liberté, la justice et la science. Les arrières-plans, sur lesquels on peut distinguer des caravelles et des colombes de la Paix, assurent l’unité de l’ensemble.

Différentes scènes évoquent les bienfaits de la colonisation au travers des figures du missionnaire, du médecin, ou de l’ingénieur, mais rien n’est dit de la violence, des exactions commises ou du travail forcé, l’idée étant alors de justifier et de promouvoir la politique coloniale française, en donnant une image idéalisée et lisse de l’action menée Outre-mer.

Par exemple, deux scènes illustratives précèdent, dans l’angle gauche de la salle, l’allégorie de la science. Au premier plan de la plus grande scène, on voit une religieuse qui soigne un enfant asiatique, avec à côté d’elle du matériel médical. Derrière, un autre colon encadre le transport par brancard d’un indigène malade. À l’arrière-plan, se déroule une scène de vaccination de masse en extérieur : des colons vaccinent des asiatiques passant un par un devant eux. La science est également représentée sur la partie du mur à côté de la fresque centrale, où l’on voit la construction d’un chemin de fer et du téléphone. Il s’agissait ici d’exprimer l’idée que la France, en amenant aux colonies la médecine et la technologie des transports et de l’information, accomplissait une œuvre civilisatrice.

Un peu plus loin, sur le même mur, la Justice est représentée sous les traits d’une figure féminine aux yeux bandés. Cette représentation répond à une iconographie traditionnelle et exprime l’impartialité : la justice est aveugle et ne fait donc pas de différence entre les personnes jugées. Albert Laprade, conscient de devoir répondre aux critiques formulées à l’encontre des excès de la colonisation, demanda, sans résultat, à Ducos de la Haille qu’il supprime le bandeau sur ses yeux.

En continuant sur le mur, on peut voir l’allégorie de la liberté. Au premier plan à gauche, un groupe d’Africains cueille et conditionne des fruits dans des paniers. À droite, un père blanc, missionnaire, libère un jeune Africain de ses chaînes d’un geste rappelant le baptême. À l’arrière-plan, on distingue une scène de chasse et de pêche. Le message, ici, est clair : c’est une vision fortement idéologique de l’abolition de l’esclavage puisque c’est un religieux qui libère des esclaves qui lui rendent grâce à la manière de l’imagerie pieuse.

La fresque centrale

Au fond de la salle des fêtes, le panneau central, de 8 mètres de haut et de 10 mètres de large, représente le rayonnement de la France sur les cinq continents. Là encore, nous sommes confrontés à des représentations censées diffuser l’idéologie de l’époque coloniale.
Drapée d’une toge rouge doublée d’hermine, la France, représentée par la femme placée au centre de la fresque, tient dans sa main droite l’Europe et, dans sa main gauche, une colombe, symbole de la paix. Derrière elle, le chêne exprime sa force et le laurier son passé glorieux. Les voiles blanches, que l’on retrouve aussi au-dessus des portes centrales de la salle, symbolisent la colonisation outre-mer.
Tout autour de la France sont représentées les figures allégoriques de quatre continents. On constate que la géographie de la fresque est inversée par rapport au bas-relief extérieur d'Alfred-Auguste Janniot. À gauche, l’Asie représentée par la divinité indienne Vishnou sur un éléphant blanc ; en vis-à-vis, l’Afrique, représentée par une femme sur un éléphant gris ; en bas de la fresque, deux chevaux marins portent les figures de l’Océanie, à gauche, et de l’Amérique à droite.

En choisissant de représenter l’Amérique accompagnée d’un gratte-ciel, Ducos de la Haille s’attira les foudres de l’architecte Albert Laprade. En effet, ce pays n’est pas une colonie française, ce que laisserait sous-entendre la fresque. Laprade lui écrivit : “Nous ne sommes pas propriétaires des Etats-Unis. De grâce évitez à la presse des thèmes de clameurs !”.

Pierre-Henri Ducos de la Haille
Peintre français né en 1889 et mort en 1972, Pierre-Henri Ducos de la Haille exposa au Salon des Artistes français dès 1920. Titulaire du grand prix de Rome, il devient résident de la Villa Médicis. Il s’investit ensuite, avec bon nombre d’artistes issus de l’Académie, dans le renouveau de la peinture murale marquant un retour à l’ordre stylistique de la peinture figurative de l’entre-deux guerres et au classicisme des thèmes antiques. L'essentiel de son œuvre est consacré à la décoration de monuments, dont cette fresque  de 600 mètres carrés.

Voir aussi : la restauration des fresques en 2011