Le Palais de la Porte Dorée est un monument tout à fait singulier. Imposant péristyle, immense façade sculptée, ce bâtiment est l’un des derniers vestiges de l’Exposition coloniale de 1931. Derrière sa construction se dévoile la France du début des années 1930, une période complexe aux réalités contrastées.

L’Exposition coloniale de 1931

Affiche de l’Exposition coloniale, Victor Jean Desmeures

Affiche de l’Exposition coloniale, Victor Jean Desmeures © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Construit à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931, le Palais de la Porte Dorée avait vocation à abriter l’ancien « musée permanent des colonies ». Au cœur du Bois de Vincennes, cette immense exposition de plus de 1200 mètres de long cherche à promouvoir une image de l’Empire colonial français à l’apogée de sa puissance.

De ce fait, elle s’inscrit dans la tradition des Expositions universelles du milieu du XIXe siècle puis des expositions coloniales (Amsterdam en 1883, Londres en 1886 ou Berlin en 1896) témoignant avec faste de la vitalité des nations européennes.

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Un bâtiment au service du récit colonial

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Détail du bas-relief, © DR

Le Palais est pensé à la fois comme un espace qui donne à voir et documente la vie des populations colonisées mais également comme un écrin pour présenter au grand public un récit colonial et une vision de l’Empire idéalisés.

Si le bas-relief de la façade donne à voir les denrées et les richesses des colonies qui arrivent dans les différents ports de la métropole, les fresques du Forum présentent quant à elles ce que la France prétend apporter à ses colonies (l’art, la paix, le travail, le commerce, l’industrie, la liberté, la justice ou encore la science).

Découvrir le bas-relief de la façade et les fresques du Forum.

Monument Art déco et bâtiment de propagande

Au début des années 1930, une critique de l’Empire colonial français, à la fois nationale et internationale, commence à prendre une nouvelle ampleur. Bien que minoritaire, elle tend à fragiliser l’Empire. L’Exposition coloniale doit donc permettre de relancer l’engouement des français pour leurs colonies et présenter le traitement des colonisés sous son meilleur jour. Au sein du Palais de la Porte Dorée toutes les difficiles réalités des colonies sont ainsi omises : dérives de la politique d’assimilation, régime de l’indigénat ou bien travail forcé sont aux abonnés absents.

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Inscriptions dans la salle des dioramas, © DR

En revanche, les bénéfices de « la Plus grande France » (doctrine fondée sur le principe de l'extension de la notion traditionnelle de souveraineté nationale à l'ensemble des territoires d'outre-mer) sont présentés dans leur éventail le plus large. Le musée des colonies doit donner à voir l’histoire naturelle, l’ethnographie, la zoologie, la minéralogie ou bien encore les produits importés des colonies.

Sorte de condensé de la France d’outre-mer, il est pensé comme un outil de publicité des relations idéalisées de la métropole avec ses colonies. À ce titre, le gouverneur général Olivier pensait le rôle du futur musée comme un « instrument de valorisation populaire » dont les collections seraient « les plus profitables à l’éducation du public et les plus expressives de la vie coloniale » (Paul Reynaud, lettre à « Messieurs les commissaires de l’Algérie, des Colonies, Pays de Protectorat, Territoires sous mandat et des Sections Spéciales de l’Exposition » datée du 9 septembre 1931, boîte 28, archives du musée de la France d’outre-mer, musée du quai Branly, Paris.).

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Diorama, Canne à sucre, © Maureen Murphy

En 1931, certaines salles, comme la salle de « synthèse » présentant les ressources rapportées des Outre-mer par des dioramas, prétendaient avoir une visée éducative.

En effet, ces impressionnantes vitrines avaient pour but d’instruire le visiteur sur la diversité des produits de l’Empire mais également de le séduire par des mises en scène spectaculaires. Le musée était donc aussi pensé pour inciter les métropolitains à investir dans les produits des colonies.

En savoir plus sur les dioramas de l'ancien musée des colonies

La France de 1931 : de nombreuses contradictions  

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Affiche de l'exposition 1931. Les étrangers au temps de l'Exposition coloniale.

Dans la France de l’entre-deux guerres, deux réalités contrastées s’imposent : la glorification de l’Empire colonial français et de sa « mission civilisatrice » avec l’Exposition coloniale d’une part ; la présence de trois millions d’étrangers en France qui en font un des premiers pays d’immigration au monde, d’autre part.

L’exposition 1931, les étrangers en France au temps de l’exposition coloniale évoque la situation des immigrants étrangers et des coloniaux en France métropolitaine, en 1931.

Elle propose de pénétrer dans les coulisses de l’Exposition coloniale pour découvrir une réalité sociale française bien éloignée du spectacle du bois de Vincennes. En confrontant immigration et colonisation, l’exposition interroge cette période complexe de notre histoire et en propose une lecture renouvelée.

Témoignage unique de l’art des années 1930

Façade Palais fermé

Photo : Pascal Lemaitre © Palais de la Porte Dorée.

Pour la réalisation du Palais l’architecte Albert Laprade imagina une synthèse architecturale remarquable. La monumentalité de la façade et du péristyle ainsi que la frise sculptée évoquent les temples grecs et l’architecture classique. À l’intérieur, le plan symétrique autour d’un grand patio central entouré de galeries rappelle celui des palais marocains. L’impressionnant plafond à gradins est inspiré quant à lui des pagodes asiatiques.

Enfin, les lignes géométriques et épurées du bâtiment sont typiques du style Art déco, tout comme une grande partie de son mobilier prenant place dans un décor figurant les colonies. Ainsi, le Palais se distingue des autres pavillons de l’Exposition coloniale, n’étant pas dominé par unique style architectural.

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Un palais de style Art Déco

Le salon ovale de Paul Reynaud © Lorenzö, Palais de la Porte Dorée