Construit par Albert Laprade à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931, ce monument est l’un des plus représentatifs du style “Art déco”. Palais officiel, chargé de symboles, il fut destiné tout d’abord à célébrer la gloire du modèle colonial français, dans la tradition des expositions universelles du XIXè siècle, puis des expositions coloniales du début du XXè siècle.

Une synthèse originale

Seul édifice voué à survivre à l’exposition coloniale de 1931, le palais de la Porte Dorée fut conçu dans l’optique de rendre pérenne le discours véhiculé par cette exposition. Il s’agissait alors de donner à voir un condensé de l’Empire sous un angle historique, artistique et économique, de d’inciter les visiteurs à investir dans les produits rapportés des colonies, voire même de s’installer outre-mer.

À cette fin, l'architecte Albert Laprade imagine une synthèse du style Art déco contemporain, de l’architecture classique française, et d’éléments librement inspirés de l’art des colonies.
Pour la façade, il renoue avec la monumentalité classique de la colonnade du Louvre ainsi qu'avec l’ordre ionique des temples antiques et abrite une frise sculptée d’ampleur exceptionnelle. Il reprend le plan symétrique des palais marocains construits autour d’un grand patio central encadré de galeries. Les lignes géométriques et épurées du bâtiment, typiques du style Art déco, sont animées par un décor figurant les colonies. Tout l’Empire est convié dans ce palais-musée, car contrairement aux différents pavillons de l’Exposition coloniale, aucun style architectural ne domine ou n’est clairement identifiable.

Albert Laprade
Albert Laprade est né en 1883 et décédé en 1978. Après des études à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, il travaille au Maroc. À la demande de Lyautey, il réalise le plan de ce que l’on a appelé la nouvelle ville indigène de Casablanca, puis la Résidence générale de Rabat selon des modèles très modernes pour l’époque. En 1920, il crée sa propre agence.
Il obtient la charge de construire le Palais des Colonies ainsi que le Pavillon du Maroc pour l’Exposition coloniale de 1931. Parmi ses nombreuses réalisations de l’Entre-deux-guerres, on compte la maison de Cuba à la cité universitaire de Paris et l’ambassade de France à Ankara. Pour l’Exposition internationale de 1937, il réalise le monument de la paix sur la place du Trocadéro.
Après la guerre, il réalise des bâtiments industriels et participe notamment au réaménagement des usines Renault à Boulogne-Billancourt.

Un palais de style Art Déco

Le Palais de la porte Dorée est un témoignage unique de l’art des années 1930. Si le décor peint est plutôt de style académique et colonial, les ouvrages décoratifs (mobilier des salons, luminaires, travail de ferronerie) se situent à la pointe des recherches stylistiques et techniques du style Art Déco.
Le mouvement art déco s’épanouit en 1925 au sein de l’Exposition internationale des Arts décoratifs qui lui donnera son nom. La France fait alors figure de pionnière dans ce retour à des lignes géométriques pures. Ce style apparait comme une géométrisation des motifs floraux de l’Art Nouveau du début du siècle, tempérée par des références exotiques et l’emploi de matériaux précieux.
Selon les volontés du maréchal Lyautey et de l’architecte Albert Laprade, le chantier du Palais réunit les grandes figures de l’Art Déco et même un pionnier du style moderniste en la figure de Jean Prouvé.

Les artistes ayant travaillé à la décoration du Palais

Eugène Printz (1889-1948)

Fils d’un ébéniste du faubourg Saint-Antoine, Eugène Printz débute par la copie de meubles anciens. Dans les années 1920, il entreprend ses propres recherches et expose à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925.
Rapidement, il bénéficie de commandes privées de prestige et de commandes officielles pour le salon Lyautey du musée des Colonies (1931) et pour le paquebot Normandie (1935). Il participe aux différents salons et à l’Exposition internationale de 1937 (pavillon des artistes décorateurs et pavillon de la lumière).
Ses meubles sont appréciés pour leur style audacieux alliant lignes courbes et lignes droites.

Edgar Brandt (1880-1960)

Au début du XXème siècle, Edgar Brandt est remarqué pour son travail de ferronerie : équipements d’hôtels particuliers et bijoux. Le goût grandissant pour la technique lui permet d’accéder à une renommée internationale. A l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, il collabore avec Ruhlmann pour L’Hôtel d’un riche collectionneur et présente dans son propre stand, sur l’esplanade des Invalides, son œuvre phare: un paravent à six feuilles intitulé L’Oasis. Tout d’abord ancré dans une esthétique florale, il évolue après 1925 vers une plus grande géométrisation. Il est considéré comme l’initiateur de la ferronerie de style Art Déco.

Jacques-Emile Rulhmann (1879-1933)

Issu d’une famille d’industriels en bâtiment, Jacques-Emile Rulhmann fonde, en 1917, les ateliers d’ébénisterie « Ruhlmann et Laurent » pour lesquels il conçoit ses propres modèles. Il obtient un grand succès, lors de l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, pour la décoration de L’hôtel d’un riche collectionneur.
Il est perçu comme le maître du style Art déco, pour sa perfection technique, son inscription dans la tradition des grands ébénistes français et l’emploi de matériaux rares comme l’ébène. Il reçoit de prestigieuses commandes privées, mais aussi des commandes officielles : décors pour le paquebot Ile de France (1927), la chambre de commerce de Paris (1929) et le salon Reynaud du musée des Colonies (1931).

Raymond Subes (1891-1970)

 

Après des études à l’Ecole Boulle et à l’Ecole des arts décoratifs, Raymond Subes se forme auprès du ferronier Emile Robert. Il participe aux expositions d’arts décoratifs et réalise la ferronerie des paquebots Ile-de-France, Atlantique, Normandie, Liberty et France. En collaboration avec différents architectes, il exécute des éléments de ferronerie pour des édifices publics (la Banque de France ou l’hôtel de ville de Reims…) mais aussi pour des édifices religieux (l’église du Saint-Esprit ou la porte de la Cathédrale de Rouen, un de ses chefs-d’œuvre). Pour le Palais des colonies en 1931, il crée les luminaires qui jalonnent aujourd’hui le hall ainsi que la grille de l’entresol qui domine l’entrée principale.

Jean Dunand (1877-1942)

Jean Dunand se forme à l’Ecole des arts industriels de Genève. En 1896, grâce à l’obtention d’une bourse d’études, il s’installe à Paris. Il se spécialise alors, auprès du sculpteur Jean Dampt (1853-1946), dans le travail de la feuille de métal : la dinanderie. En 1912, il rencontre le maître japonais Sugawara qui l’initie à la technique de la laque : technique décorative à base de résines issues du latex. Il collabore régulièrement avec les décorateurs Printz et Ruhlmann et participe à la décoration des paquebots l’Ile de France, Atlantique et Normandie. En 1931, il crée, pour la bibliothèque du musée des Colonies, un ensemble de panneaux de laque à décors animaliers et végétaux aujourd’hui dispersé.