« Ces coexistences sont toujours d’actualité »

 
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Frère Ambrosio © Benoît Petit

Chercheur au collège des Bernardins, le frère dominicain Alberto Fabio Ambrosio propose le samedi 9 décembre à 11h une visite de Lieux saints partagés. Il s'arrêtera sur certaines œuvres pour partager avec les visiteurs son approche personnelle et son point de vue sur les thématiques abordées par l’exposition. Il évoquera les grandes figures du dialogue inter-religieux ainsi que la Turquie, où il a vécu onze ans.

Que voulez-vous raconter aux visiteurs ?

Frère Ambrosio : Je partage complètement la pensée de l’historien Benjamin Stora, président du Conseil d’orientation du Musée, en introduction de l’exposition. Il rappelle qu’à notre époque où l’on parle tant de frontières, celles-ci sont plus pensées que réelles. Car de facto, nous sommes plus imbriqués que nous ne le pensons. Aujourd’hui, un catholique moyen a déjà entendu parler du Coran, a déjà lu des vers de poésie soufie. Je voudrais montrer que ce mélange, ces coexistences sont toujours d’actualité et que nous les vivons sans le savoir.

Je parlerai du dialogue inter-religieux qui s’enracine dans ces lieux saints partagés. J’évoquerai les figures de ce dialogue  des spiritualités comme l’islamologue Louis Massignon, le traducteur André Chouraqui ou encore Paolo Dall'Oglio, prêtre jésuite missionnaire en Syrie, refondateur du monastère de Mar Mûsa. J’aimerais donner aux visiteurs l’envie de découvrir le parcours de l’émir Abd-el-Kader.

J’évoquerai aussi largement, de façon sensible, la Turquie, où j’ai vécu onze ans. Je suis habité par le monastère orthodoxe de Saint-Georges, sur une île des Princes, au large d’Istanbul. C’est le lieu par excellence du partage entre les chrétiens et les autres confessions, tout particulièrement des musulmans. Je voudrais présenter aussi, toujours en Turquie, l’église Saint-Antoine de Padoue ou la maison de Marie à Ephèse, d’autres lieux partagés. Pour moi ces lieux n’appartiennent pas au passé, ils sont encore très vivants. L’Orient est un prétexte pour parler aussi de ce qui se passe en Occident.

Pourquoi l’émir Abd-el-Kader ?

J’ai vécu onze ans en Turquie, j’y ai notamment étudié le soufisme (mystique musulmane). L’émir Ab-del-Kader était soufi. C’est une figure complexe, car à la fois très engagée, luttant contre la colonisation française en Algérie, et en même temps très spirituelle et ouverte aux autres religions, défendant les chrétiens. Aujourd’hui, avoir des convictions politiques très affirmées amène bien souvent à exclure les autres confessions. Abd-el-Kader était contre la France catholique, mais pas contre les catholiques.

L’immigration, un sujet cher au pape François, occupe une large part dans l’exposition Lieux saints partagés...

Dans sa version initiale, présentée au Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), cette partie consacrée aux migrations n’existait pas. C’est un genre d’immigration qu’on ne veut pas voir. Lampedusa, on ne veut pas voir ce qui s’y passe. L’exposition montre ces migrations par le côté religieux et c’est d’autant plus frappant. Quand on voit par exemple toutes ces croix en bois faites par des migrants fraîchement arrivés... Ce sujet des migrations rend actuelle l’idée des lieux saints partagés.