Dans la tête de

Smaïl Kanouté, choré-graphiste

Smaïl Kanouté aime dire qu’il est « choré-graphiste ». Les deux disciplines sont intimement liées dans l’œuvre de cet artiste multifacette, diplômé des Arts déco venu à la danse par un concours de circonstances. « Chorégraphier, c’est créer une fresque. Une question de lignes, de courbes, de rythme, d’énergie et d’émotion », raconte Smaïl Kanouté. « Quand je m’empare d’un sujet, c’est toujours avec un regard à 360 ».

Rencontre avec l'artiste autour de son spectacle Never Twenty One.

Never Twenty One, son spectacle au Palais

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Never Twenty One © Mark-Maborough

Les 18 et 19 juin, il sera au Palais pour Never Twenty One, un spectacle proposé en partenariat avec la DILCRAH. Hommage aux jeunes victimes de violences par armes à feu, c’est l’adaptation d’un court-métrage du même nom, qu’il a tourné à New-York en 2018. Le titre fait référence au hashtag #Never21 créé par le mouvement politique Black Lives Matter. « Durant quatre mois, j’ai écouté la parole d’habitants du Bronx, familles et amis de ces jeunes qui ne fêteront pas leurs 21 ans », l’âge de la majorité outre-Atlantique.

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Never Twenty One © Mark-Maborough

Pour l’adaptation chorégraphique, l’artiste a convoqué aussi la mémoire des jeunes de Soweto et Rio de Janeiro - où il a développé sa passion de la danse lors d’un séjour d’études pour les Arts déco. « J’ai voulu rendre hommage à la grande créativité que ces jeunes développent, parce qu’ils ne savent pas s’ils seront encore vivants demain. Aux danses qu’ils ont inventées, le baile funk, le pantsula pour raconter leur quotidien, les descentes de police et les règlements de compte. » La bande-son du spectacle mêle musiques et témoignages. Dans une ambiance à la fois urbaine et chamanique, les corps peints, tels des pancartes, de Smaïl Kanouté, Aston Bonaparte et Jérôme Fidelin enchaînent les danses pour raconter ces vies et ces morts.

Pour l’artiste, Never Twenty One c’est aussi l’histoire d’une libération, « celle du corps noir ». Une injonction à s’affranchir du passé, « des pressions psychologiques et physiques », pour créer un « futur d’espoir ». Le propos fait écho à son propre parcours, celui d’un fils d’immigrés, renvoyé en France à ses origines africaines, au Mali à son identité française. « Il faut du temps pour dépasser cette schizophrénie et se rendre compte que notre pays, c’est deux pays ». De cette quête, il a fait une installation consacrée à l’arbre généalogique de Fégui, village natal de ses parents. « Politiques ou poétiques, mes créations portent sur la recherche de l’identité, celle dont on hérite, celle qu’on se construit ». Lors de ses premières visites au Palais, Smaïl Kanouté a découvert « avec douleur » les fresques et le bas-relief racontant « l’histoire écrite par les vainqueurs et vécue par les vaincus ». Il est heureux de venir danser ici : « C’est un lieu pour éclaircir l’histoire coloniale et celle de l’immigration, un lieu aussi de réconciliation »