La sélection 2026 du Prix littéraire de la Porte Dorée
Depuis 2010, le Prix littéraire de la Porte Dorée met à l’honneur des œuvres de fiction écrites en français mettant en lumière les réalités de l’exil, des migrations ou des identités plurielles. Pour sa 18e édition, la sélection 2026 réunit six romans, entre plumes confirmées de la rentrée littéraire et voix émergentes. Découvrez les ouvrages en lice !
La classe et la fonction, de Mariana Alves (Chandeigne)
La classe et la fonction de Mariana Alves est un récit d’introspection qui revient avec une grande pudeur et une grande force sur l’histoire familiale et le temps de l’enfance de la Grande Petite. Fille d’immigrés portugais, la narratrice grandit à la fin des années 1990 dans une loge de gardien d’immeuble du riche et luxueux XVIe arrondissement parisien.
Dans ce récit incisif et non dénué d’humour, elle décrit ses conditions de vie dans ce microcosme façonné par les rapports de domination sociale entre les propriétaires, les Autres, et les invisibles, corvéables à merci. Un monde à hauteur d’enfant où l’intimité n’existe pas.
À propos de l’autrice
Mariana Alves est née dans les années 1980 à Paris. Comme la Grande Petite, elle a grandi dans le cossu XVIe arrondissement, auprès de parents gardiens d’immeuble. Elle partage aujourd’hui sa vie entre Paris et le Portugal.
La part absente, de Rachida Brakni (Stock)
Quelle femme se cache sous l’allure parfaite de Karina Leroy, mariée à Vincent, mère d’une adolescente, et à la tête de sa propre galerie d’art ? Et si Karina s’appelait Karima ? En tronquant la lettre M, elle a dynamité le seul pont en mesure de la relier à l’autre rive de la Méditerranée.
Ainsi affranchie de la charge sociale et raciale, elle a acquis une forme de liberté. Même si la honte d’avoir usé d’un tel stratagème ne l’a jamais quittée. Le jour où ce qu’elle a construit dans le mensonge se fissure, elle est rattrapée par les blessures de l’enfance et celles de la guerre d’Algérie. Face aux soubresauts de l’Histoire, chacun devra explorer sa part absente.
Rachida Brakni, comédienne, est aussi l’autrice d’un premier livre personnel salué par la presse, Kaddour (Stock, 2024).
Très brève théorie de l’enfer, de Jérôme Ferrari (Actes sud)
Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré, deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.
Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari enseigne la philosophie en Corse. Il a obtenu le prix Goncourt en 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome. Toute son œuvre est publiée aux éditions Actes Sud. À son image a reçu le prix Le Monde 2018 et le prix Méditerranée la même année. Nord Sentinelle paraît en août 2024, suivi de Très brève théorie de l'enfer en mars 2026.
Issa, de Mirrianne Mahn (Stock), traduit de l’allemand par Rose Labourie
Une chose est sûre, Issa ne souhaite pas se rendre au Cameroun. La voilà pourtant dans l’avion, poussée par sa mère qui craint pour la santé de sa fille enceinte. Au pays de ses ancêtres, Issa doit suivre la voie salutaire des rituels anciens, sous l’œil vigilant et superstitieux de ses grands-mères.
Mais tout n’est pas si simple quand on est trop noire à Francfort et trop allemande à Buéa. Ce séjour sera l’occasion de se confronter à l’histoire de sa famille et de prendre conscience que les traumatismes, tout comme l’amour inconditionnel et la volonté de vivre, se transmettent de génération en génération.
À propos de l’autrice
Mirrianne Mahn est née en 1989 à Buea, au Cameroun, d’une mère camerounaise et d’un père allemand. Elle passe son enfance en Allemagne, où elle est plus tard diplômée de l’université Johann Wolfgang Goethe. Autrice, dramaturge, et conseillère municipale à Francfort, elle milite au quotidien contre les discriminations raciales. Issa est son premier roman.
C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien (Grasset)
Après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, Jonas n’emporte presque rien avec lui en quittant Haïti : un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère. Toute une vie dans un sac plastique. Se réfugiant d’abord en République dominicaine, puis au Brésil et au Mexique, ce professeur d’histoire franchit les frontières tantôt à bord d’un autobus surchauffé, tantôt en affrontant les profondeurs de la jungle.
À chaque étape des visages surgissent, des corps tombent, des solidarités se nouent puis se brisent. Dans l’espoir d’atteindre le Canada et le peu de famille qu’il lui reste, Jonas se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et d’une administration prête à tout pour mener sa chasse aux migrants.
À propos de l’auteur
Né en 1988, Thélyson Orélien est un auteur québécois d’origine haïtienne. Poète et critique, il construit une œuvre habitée par la mémoire, l’exil et la question de l’appartenance. Depuis sa publication au Québec par les Éditions du Boréal, C’était ça ou mourir rencontre un écho international exceptionnel et est en cours de traduction dans plus de vingt langues. Un premier roman phénomène qui révèle une grande voix de la littérature contemporaine.
Loin du Mékong, de Louis Raymond (Calmann-lévy)
Un jeune Français cherche la tombe de sa grand-mère dans le cimetière d’un village du delta du Mékong. Un siècle plus tôt, une Vietnamienne de dix-huit ans, enceinte, fuit sa belle-famille pour retrouver son mari parti travailler dans une plantation au Cambodge.
Ces deux-là sont liés par une histoire qui n’a pu se transmettre. Une histoire que seule la littérature peut se permettre d’inventer. Entre enquête autobiographique et grande saga familiale, Loin du Mékong écrit une page méconnue de l’histoire de l’ex-Indochine, en déployant une émouvante réflexion sur le métissage.
À propos de l’auteur
Louis Raymond est journaliste, spécialiste de l’Asie du Sud-Est. Loin du Mékong est son premier roman.
Le jury de la 18e édition du Prix littéraire
- Alice Zeniter, présidente, autrice et metteuse en scène de théâtre
- Boniface Mongo Mboussa, universitaire et critique littéraire, rédacteur en chef de la revue Présence Africaine
- Catherine Fruchon-Toussaint, journaliste à Radio France Internationale, productrice des émissions Littérature Sans Frontière et Café Polar
- Nicole Zagouri, libraire à la librairie Le Phare à Paris
- Sophie Haberbusch-Sueur, docteure en anthropologie et cheffe de La Maison des Réfugiés
- ainsi que deux ambassadeurs des lycées partenaires de l’académie de Versailles