Au cœur des politiques migratoires contemporaines, le droit des étrangers suscite de nombreux débats et autant d’incompréhensions. Censé défendre les libertés fondamentales et protéger les étrangers de l’arbitraire, il est également utilisé à des fins répressives par les États. Au carrefour du droit et des autres sciences sociales, ce dossier analyse ces contradictions et questionne le droit des étrangers à la lumière des notions d’arbitraire, de discrimination et d’exception. [...]
L e droit des étrangers s’est structuré dans la durée autour d’une logique de maîtrise de la présence étrangère, perceptible dès l’Ancien Régime et prolongée jusqu’à nos jours dans des dispositifs de surveillance, de contrôle et d’expulsion. À partir du XIX e siècle, progressivement, cette précarité s’articule à une fragmentation des statuts, qui segmente les étrangers en catégories hiérarchisées selon l’origine, l’utilité, le degré d’intégration ou les valeurs politiques. De cette double évolution naît un droit à la fois inégal, stratifié et révélateur des rapports que l’État entretient avec l’altérité. [...]
Pilier des politiques migratoires, le droit des étrangers ne cesse d’évoluer, suscitant en France et en Europe de nombreux débats où cohabitent incompréhensions et tensions. L’article de Jules Lepoutre, en avant-propos, explique les racines profondes de ce droit et ses évolutions, ancrées dans une histoire pluriséculaire, retraçant les relations entre la nation, l’État et l’« étranger ». Le dossier scientifique, issu d’une journée d’étude organisée par l’Institut Convergences Migrations en juin 2024, aborde cette thématique de manière inter-disciplinaire. Il met en lumière le double visage du droit : outil de protection des libertés fondamentales mais aussi instrument au service des politiques migratoires. Au fil des analyses, se dessine un droit de plus en plus complexe, tissé de normes multiples (nationales, européennes, internationales), de jurisprudences,de circulaires et de pratiques administratives. Ce labyrinthe juridique ouvre la voie à une forme d’opacité et d’arbitraire. Derrière les textes, la réalité de l’exclusion prend souvent le pas sur l’universalisme proclamé.