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Revue Mondes & Migrations Article de dossier/point sur

Angelo Parisi, un champion des tatamis venu d’Italie

C’est à Arpino, en Italie, dans la province du Latium, à mi-distance entre Rome et Naples, qu’est né Angelo Parisi le 3 janvier 1953. Il est âgé de 3 ans lorsque ses parents prennent le chemin de l’émigration, dans le prolongement d’un vaste mouvement engagé depuis le siècle précédent et qui a conduit plus de 18 millions d’Italiens à quitter la Péninsule entre les années 1870 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1956, la famille Parisi compte parmi les 155 000 départs répertoriés. Un émigré italien champion en Angleterre Le choix de l’Angleterre n’est pas le plus répandu, loin de là. Ils ne sont en effet que 11 500, soit dix fois moins que ceux qui traversent les Alpes pour s’installer en France. Pourtant, en cette année, les Italiens sont cinq fois plus nombreux qu’au lendemain de la guerre à passer outre-Manche. Ils constituent un apport de main-d’œuvre nécessaire à la reconstruction d’un pays meurtri par les bombardements. Le père d’Angelo Parisi est d’ailleurs embauché à la fabrique de briques de Bedford, à une soixantaine de kilomètres au nord de Londres. Il rejoint ensuite son frère dans la capitale pour produire des glaces qui font, de longue date, la réputation des Italiens à travers le monde. Angelo Parisi en fait son premier métier. Son gabarit lui vaut toutefois, avant cela, de s’illustrer sur les terrains de sport. Il est champion d’Angleterre de rugby et de lancer du poids. À l’âge de 15 ans, il découvre le judo, un art martial inventé au Japon à la fin du XIX e siècle qui se diffuse largement en Europe depuis la fin de la guerre. Il ne lui faut que quelques mois pour obtenir la ceinture noire, grade symbolique d’une grande maîtrise technique. Il s’illustre en compétition et devient champion d’Angleterre en junior (1968, 1969 1971, 1973), espoir (1970) et senior (1973, 1974, 1975). Sous les couleurs anglaises, il est champion d’Europe espoir (1970, 1971), puis senior dans la catégorie des moins de 93 kilos en 1972, 1973 et 1974. À seulement 19 ans, il est sélectionné pour les Jeux olympiques de Munich en 1972, lors desquels le judo fait son retour dans le programme des épreuves après y avoir été intégré pour la première fois à Tokyo en 1964, puis retiré à Mexico en 1968. Non sans désarroi, tant il apparaît dominateur dans la catégorie des mi-lourds, il est inscrit en toutes catégories où il est le plus léger des combattants. Battu par le Français Jean-Claude Brondani en demi-finale, il n’en décroche pas moins la médaille de bronze. Un Rital en or À l’occasion d’un stage à Avignon, il noue avec une Française une idylle qui mène au mariage. Son épouse étant réticente à quitter l’Hexagone, il s’y installe, apprend la langue sans jamais se départir d’un accent anglais, allant jusqu’à faire le choix de la nationalité française. Les démarches ne posent pas de difficulté, d’autant que ceux qu’on qualifie de « Ritals », qui ont été la nationalité étrangère la plus représentée en France jusqu’à la fin des années 1960 et qui n’ont pas toujours été bien accueillis, font désormais figure de « bons immigrés » et que la vindicte xénophobe s’est tournée vers les Maghrébins. Sur le plan sportif, l’affaire est moins simple. Angelo Parisi ne peut, en effet, être sélectionné pour les Jeux olympiques de Montréal en 1976 car la fédération britannique, ulcérée sans doute de voir l’un de ses principaux champions lui échapper, refuse l’autorisation indispensable que prévoient les règlements internationaux. En 1977, il peut enfin renouer avec la compétition. Il est champion de France – cinq autres titres suivront – et champion d’Europe, un titre obtenu trois fois par la suite. C’est à Moscou, en 1980, qu’il retrouve les Jeux olympiques, sous les couleurs de son nouveau pays d’adoption. Sur le tatami du Palais des Sports du stade Lénine, il s’impose en finale de la catégorie des lourds face au Bulgare Dimitar Zapryanov à qui il rend 40 kilos. Il est le premier judoka français médaillé d’or. Au cours de ces Jeux, il décroche aussi la médaille d’argent dans toutes les catégories. Battu par l’Allemand Dietmar Lorez, il continue de susciter l’admiration, en raison d’un style très aérien, rare pour ces catégories de poids. Porte-drapeau français Ses performances, autant que son comportement très apprécié, valent à Angelo Parisi d’être choisi pour porter le drapeau à la tête de la délégation française lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Il rappelle alors que, pour lui qui n’est arrivé en France qu’à l’âge de 23 ans, l’honneur est particulièrement grand. Au cours de la compétition, marquée par l’absence des athlètes du bloc soviétique pour cause de boycott, il est défait en finale des poids lourds par le colosse japonais de 160 kilos, Hitoshi Saito. La médaille d’argent est amère car la décision des juges est injuste pour nombre d’observateurs. L’année suivante, il met fin à sa carrière en compétition et endosse la tenue d’entraîneur national, encadrant notamment à ses débuts David Douillet, futur double champion olympique dans la catégorie des lourds. Mais c’est un autre de ses successeurs, Teddy Riner, qui le détrône de son rang de judoka le plus titré de l’histoire olympique avec cinq médailles dont trois en or obtenues aux Jeux de 2012, 2016 et 2021. Le palmarès d’Angelo Parisi n’en reste pas moins impressionnant. En 2004, il lui est décerné le titre de Gloire du sport par la Fédération des internationaux du sport français. Le temps de la retraite venu, il retourne vivre dans son pays d’origine qu’il a finalement peu connu. En s’installant à Esperia, dans la province Frosinone, à peine à 50 kilomètres d’Arpino où il a vu le jour, il concrétise l’aspiration au retour de nombreux migrants, dont il symbolise aussi la fluidité des parcours. Il revient régulièrement en France, où des hommages lui sont fréquemment rendus, à l’occasion desquels il n’a de cesse de proclamer son attachement à ce pays qu’il a servi sportivement et qui est sans nul doute le sien.

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Abdoulaye Sèye, entre France et Sénégal

Abdoulaye Sèye est né le 30 juillet 1934 à Saint-Louis, au Sénégal. Nous connaissons mal sa trajectoire durant les vingt premières années de sa vie. Il vient à l’athlétisme après une série de hasards. En 1954, le Sénégal étant toujours sous domination coloniale, il effectue son service militaire à Toulon. Sa passion est alors le football, le « sport-roi » dans son pays natal. Il est titulaire de l’équipe junior du Foyer France-Sénégal, l’une des meilleures équipes sénégalaises, qui atteint la demi-finale de la coupe d’Afrique-Occidentale deux ans plus tard, en 1956. Abdoulaye Sèye n’a jamais pratiqué l’athlétisme, si ce n’est du cross-country pour entretenir sa forme physique. Le capitaine de son régiment souhaite monter une équipe d’athlétisme pour concourir en championnat militaire. Ayant vu Abdoulaye Sèye à l’œuvre au football, il est impressionné par sa vitesse de déplacement. Avec l’officier en charge du sport, il forme une équipe d’athlétisme composée essentiellement de ressortissants des colonies et de quelques Français. L’équipe nouvellement formée part à Marseille, après seulement 15 jours d’entraînement, pour participer au neuvième championnat de la région militaire de Toulon. À la surprise générale, Abdoulaye Sèye abat le 100 mètres en 10’’9. Dès lors, repéré par la Fédération française d’athlétisme, il intègre le bataillon de Joinville en 1956. Une pluie exceptionnelle de records avant les Jeux Il bat le record de France du 100 mètres en 1959 avec un chrono de 10’’2 (record égalé en 1960), du 200 mètres en 1959 en 20’’8 (record battu en 1960 en 20’’7) et du 400 mètres en 46’’6 en 1960, puis en 45’’88 en 1960. Une telle pluie de records est exceptionnelle, puisqu’il est extrêmement rare, après la Seconde Guerre mondiale, que des athlètes puissent briller dans trois épreuves d’athlétisme. Durant cette période d’après-guerre, Abdoulaye Sèye est d’ailleurs le seul à courir sur ces trois distances simultanément. Son record de France du 100 mètres tiendra près de 50 ans, fait exceptionnel également. Des commentateurs notent aujourd’hui que les conditions de course en 1960 – piste cendrée, chaussures de sprint peu évoluées, entraînement empirique – valorisent d’autant plus cet exploit. Toutefois, Abdoulaye Sèye n’est pas célèbre pour ses records français, mais pour avoir remporté la médaille d’or du 100 mètres aux Jeux méditerranéens en 1959, et surtout la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Rome en 1960. Si cette médaille de bronze le fait entrer dans le club fermé des médaillés olympiques, elle demeure pourtant une déception, car il espérait une médaille d’or. L’histoire de sa participation aux Jeux olympiques de 1960 fait toujours débat. En 1959, la fédération du Mali regroupant le Mali et le Sénégal vient d’être créée. Elle n’est pas encore indépendante de la tutelle française puisqu’intégrée au sein de la « Communauté », l’ultime tentative de la France pour conserver son empire colonial au sein d’une grande fédération dont elle projetait de garder la tête. Mais le mouvement des décolonisations est désormais irrésistible et les négociations s’engagent dès 1959 entre la Fédération du Mali et le gouvernement français en vue de l’indépendance. Ce qui sera chose faite dès janvier 1960. On peut penser, dès lors, qu’Abdoulaye Sèye représentera le Sénégal ou la nouvelle fédération aux Jeux de Rome. Mais ni le Sénégal ni la Fédération du Mali n’ont alors de Comité olympique. Le Comité international olympique (CIO) ne peut donc accepter la participation d’Abdoulaye Sèye. Le paradoxe est consommé : alors que le Sénégal est indépendant, Abdoulaye Sèye concourt au sein de la délégation française, rapportant une des rares médailles françaises lors de ces Jeux… Un organisateur de l’athlétisme sénégalais Après les Jeux olympiques de Rome, il se consacre, au Sénégal, à l’organisation du sport en général et de l’athlétisme en particulier. En 1961, à la demande du Premier ministre Mamadou Dia et du ministre des Sport Alioune Tall, il participe avec Amadou Barry à la création du Comité olympique sénégalais en 1961, dont ce dernier prend la présidence. Abdoulaye Sèye devient la même année, pour le Sénégal, le premier entraîneur national d’athlétisme d’Afrique subsaharienne francophone. Dans le cadre de ces fonctions, il réorganise l’athlétisme sénégalais, détecte les futurs champions et prépare les grandes compétitions. En 1965, aux premiers Jeux africains de Brazzaville, l’équipe sénégalaise, sous sa direction, remporte plusieurs médailles. Mais il critique vivement le gouvernement sénégalais, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, en raison, selon lui, du manque de moyens dévolus à l’athlétisme en général et des conditions très précaires qui ont caractérisé la préparation des athlètes pour les Jeux de Brazzaville en particulier. Dès lors, malgré des soutiens de poids tels celui de Mamadou Dia ou encore de Lamine Diack (futur président de la Fédération internationale d’Athlétisme), sa trajectoire s’infléchit. Il est nommé à un nouveau poste en Casamance, de moindre envergure, où il est chargé de restructurer l’athlétisme casamançais. Il obtient de bons résultats mais, dans le cadre d’un régime très centralisé, semi-autoritaire, son étoile a pali. Il n’occupera par la suite, jusqu’à sa retraite en 1990, que des postes moins prestigieux, au sein du ministère des Sports sénégalais. La trajectoire d’Abdoulaye Sèye se décompose ainsi en deux moments : un premier moment, relativement fugace (entre 1956 et 1960) d’excellence sportive et un second moment, de 1961 à 1990, durant lequel ses talents sportifs sont reconvertis dans l’organisation du sport au Sénégal. Si une certaine amertume prévaut à la fin de sa vie – considérant qu’il a été écarté pour des raisons d’insubordination –, il a cependant intégré la bureaucratie sportive de son pays, posant, en miroir, la question de la reconversion des sportifs professionnels des nations d’Afrique subsaharienne francophone. La plupart d’entre eux, faute de suivi et de véritable structure de soutien, se retrouvent souvent démunis après leur carrière sportive et ne parviennent pas à capitaliser leurs succès sportifs. Après une gloire fugace, survient alors l’apprentissage de la petitesse.

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Joseph Ventaja, poings de bronze

Joseph Ventaja voit le jour à Casablanca (Maroc) le 4 février 1930. Il est l’aîné d’une fratrie qui comptera 11 enfants. Les Ventaja habitent boulevard de la Liberté, dans le quartier de la famille Cerdan. Très tôt, Joseph est autorisé à aller voir s’entraîner celui à qui il voue une « admiration béate » ( L’Équipe , 23 mai 1951). En 1938, le père de Cerdan, Antonio, finit par lui donner une paire de gants de son fils. Il en fait aussitôt usage dans un simulacre de combat contre… Cerdan, lequel se met à genoux pour lui donner la réplique et lui offre le plaisir de simuler un KO. Huit ans plus tard, il monte sur le ring pour son premier combat. Il le gagne. Dans la foulée, il s’empare du titre marocain des poids mouches (- de 51 kilos). Affilié à l’Association sportive de la Préfecture de police de Casablanca, celui qui veut devenir « sergent de ville » passe un cap en 1948 en devenant champion d’Afrique du Nord des poids coqs (51-54 kilos) et en atteignant les quarts de finale du championnat de France. Il se révèle vraiment en 1950. En poids plumes désormais (54-57 kilos), il prend le titre national, ce qui lui vaut d’être appelé à l’Institut national des sports, à Paris. Cette expatriation lui réussit puisqu’il devient champion d’Europe, à Milan, au printemps 1951. Sa réputation est faite. Une carrière en deux chapitres Avec sa fausse garde, sa vitesse, son jeu de jambes et son punch, c’est désormais un espoir international. En 1952, même s’il revient de blessure, l’entraîneur national, Fernand Vianey, le sélectionne parmi les 10 boxeurs invités à défendre les couleurs françaises aux Jeux olympiques d’Helsinki. La presse lui donne des « chances sérieuses » d’emporter l’or ( Miroir des Sports , 26 mai 1952). Sous la coupole arrondie du gymnase de Töölö où se déroule la compétition de boxe, il dispose du Soviétique Yury Sokolov, puis du Pakistanais Sydney Greave. Face à l’Américain Edson Brown, son ascendant est encore plus flagrant. Le voilà en demi-finale. En France, on espère son sacre avec d’autant plus de force que ses neuf coéquipiers ont été éliminés. Mais il trouve plus fort que lui avec l’Italien Sergio Caprari et rentre à Paris avec la médaille de bronze. Poursuivant sa carrière avec moins d’éclat, il n’est pas sélectionné pour les Jeux olympiques de Melbourne. Aussi devient-il professionnel. Le second chapitre de sa carrière s’ouvre au Palais des Sports de Paris, à l’été 1956, de façon probante puisqu’il dispose du Nordiste Lucien Domer par KO. Jusqu’en mai 1957, il enchaîne et gagne 11 combats, avec un impressionnant ratio de victoires par KO (7), le dernier, à Casablanca, contre Belarmino Fragoso, double champion du Portugal en poids légers et en poids plumes. Il devient ainsi un des challengers de Louis Poncy, champion de France des poids plumes.. Il le rencontre à la Salle Wagram en mai 1958 mais ne brille pas. Poncy, alias « P’tit Louis », lui inflige le deuxième KO de sa carrière. Six mois plus tard, au Palais des Sports, le Camerounais Epiphane Akono, ex-champion de France des poids légers, le knockoute à son tour. C’en est fini de la carrière d’un homme qui, revenu à l’anonymat, s’éteint à Bordeaux le 11 août 2003.

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Anselme Brusa, frère de rames

Le rameur Plinio Anselmo Brusa, connu en France sous le prénom d’Anselme Brusa, est né le 27 août 1899 dans une famille lombarde établie à Chiasso (canton du Tessin). Il y pratique la gymnastique avec succès avant de s’établir à Lyon, dans cette France du Centre-Est qui accueille de nombreux Italiens du Nord, souvent passés par la Suisse. Brusa y fonde une entreprise de transport et se met à l’aviron. Une affaire de famille, puisqu’il fait équipe en deux barré avec André Giriat, son beau-frère français, né le 20 août 1905. Presque six ans séparent les deux hommes, un écart d’âge accusé sur les photographies par la calvitie de l’Italien. Le couple de rameurs accompagné du barreur Pierre Brunet porte haut les couleurs bleu-bleu du Cercle de l’aviron de Lyon. Au niveau national, d’abord, puisque « l’Italien Brusa et le Lyonnais Giriat », comme les présente Le Miroir des Sports le 9 août 1927, remportent un premier titre de champions de France en 1927. L’élément moteur est l’Italien : « Brusat [sic] est un rameur de grande classe qui a une idée précise de la technique et un sens exact de la course. Giriat, skiffeur modeste, s’est assimilé le style et l’allure de Brusat [sic]. » Le duo est aussi combatif avec ses 36 coups de rame par minute sur 2 000 mètres. Une solidarité familiale et sportive L’alliance est renforcée par les drames de la vie. Après une deuxième place au championnat de France 1929, Brusa perd sa femme Marcelle, née Dagneaud, et décide de se retirer de la compétition. Son beau-frère le convainc de reprendre l’entraînement pour faire son deuil. Le retour est gagnant. Aux championnats d’Europe organisés au mois d’août 1931 à Suresnes, Brusa et Giriat surclassent les embarcations italienne, suisse et belge. « Remarquablement préparés », relève Le Miroir des Sports , « les champions de France de 1927 et 1931 vainquirent les étrangers ». Au style court et rapide des Italiens, ils opposent une manière française faite de coups de rame plus longs et bien appuyés. L’année 1932 est celle des Jeux olympiques de Los Angeles pour lesquels Brusa, Giriat et leur barreur se qualifient sans problème. Plus question d’un duo italo-français car Brusa se fait naturaliser afin de pouvoir concourir. Ils y remportent une médaille de bronze, qui représenterait une apothéose sportive si la presse française ne faisait la fine bouche. Le faible nombre de participants en deux barré n’a pas nécessité l’organisation d’éliminatoires. La troisième place du podium est presque assurée, mais le duo est surclassé par les États-Unis et la Pologne. Il termine même à cinq longueurs du bateau américain. Pourtant, les deux beaux-frères se sont entraînés avec sérieux, mais la « guigne » a frappé Giriat qui a mal supporté la chaleur californienne et s’est fait un tour de rein ! Ils songeront ensuite à tenter la qualification pour les Jeux de Berlin avant de déclarer forfait. C’est la fin de la carrière de champion de Brusa qui s’est intégré dans la vie lyonnaise par le travail, le sport et un deuxième mariage avec Antoinette Peronnet. Il y termine sa vie le 24 juillet 1969 à l’âge de 69 ans.

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Marco Torrès, de Sidi Bel Abbès aux JO d’Anvers

Le gymnaste Marco Torrès (1888-1963), né en Algérie française, s’est illustré sur différents agrès aux championnats du monde avant la Première Guerre mondiale, et aux Jeux olympiques en 1920. Marco Torrès est né le 22 janvier 1888 à Sidi Bel Abbès, en Algérie, dans cette Oranie coloniale très fortement marquée par l’immigration ibérique, dont il est lui-même issu. En 1911, les Espagnols représentent toujours la majorité absolue de la population dans l’arrondissement de Sidi Bel Abbès. Si Torrès choisit la gymnastique plutôt que le football, par exemple, c’est que, « parmi les Espagnols d’Oran et d’autres localités voisines, le sport roi était la gymnastique ». Il fait ses premières armes à La Bel-Abbésienne, une société de tir, d’escrime et de gymnastique. Devenu par la suite moniteur de gymnastique au 2 e régiment de Zouaves stationné à Oran, il est également licencié à L’Oranaise, société d’éducation physique et de préparation militaire. Dès l’avant-guerre, il se distingue dans les compétitions en Afrique du Nord, comme lors du concours fédéral de Tunis en avril 1912, où il s’adjuge le titre de champion de France et celui d’Algérie. Des championnats du monde aux Jeux Mais c’est en France et en Europe qu’il connaît ses plus grands succès. À Turin, en 1909, lors des championnats du monde de gymnastique, il remporte trois médailles d’or (concours général individuel, concours par équipes et anneaux) et une d’argent (barres parallèles). Deux ans plus tard, à Luxembourg, si la moisson est moins bonne avec deux médailles d’argent (concours par équipe et barre fixes), elle lui permet néanmoins d’être sélectionné pour les Jeux olympiques de Stockholm en 1912 où il ne s’illustre guère. L’année suivante, il remporte toutefois trois médailles d’or (concours général individuel, aux anneaux et à la barre fixe) et deux d’argent (cheval d’arçons et au concours par équipes) aux championnats du monde à Paris. Au sortir de la Grande Guerre, en 1920, Marco Torrès se voit une nouvelle fois sélectionné pour les Jeux olympiques d’Anvers. Cette fois-ci, sa participation est plus qu’honorable puisqu’il décroche une médaille d’argent au concours général individuel et une de bronze au concours par équipe, derrière la Belgique et l’intouchable Italie. Deux ans plus tard, à Ljubljana, en Yougoslavie, lors des championnats du monde, il obtient une médaille de bronze au concours par équipe. Il s’éteint le 15 janvier 1963 à Marseille. Le parcours de Marco Torrès est assez significatif de celui de ces Espagnols d’Oranie, longtemps en butte au racisme des Français, mais qui trouvent dans et par les pratiques sportives – et les lois de naturalisation – un moyen de se fondre dans l’élément dominant sans se dissoudre. Dès lors, les Espagnols ont cherché, dans l’espace public, à se joindre à l’élément français plutôt qu’à s’en différencier.

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Émile Ali-Khan : le Prince et la distance reine

Émile Ali-Khan naît à Battle (Angleterre) le 6 juin 1902. Il est le petit-fils d’un prince indien. Il le revendiquera d’ailleurs fièrement, dans les années 1920, distribuant une carte de visite où il revendique d’être un « prince » de l’État du Rampur. De fait, les lignées dirigeant cet État, absorbé en 1949 par l’Uttar Pradesh, renvoient à la famille princière Ali Kahn Bahadur. On n’en sait cependant pas plus sur l’ascendance du futur sprinteur. Durant son adolescence, il suit ses études au lycée Massena de Nice. Il en rejoint le club sportif tout en étant membre de l’US de Villefranche-sur-Mer, puis de l’AS Cannes. C’est sous le maillot rouge et blanc de l’ASC qu’il sort de l’anonymat, au printemps 1919. L’Auto , le grand quotidien sportif de l’époque, le fait découvrir à ses lecteurs après ses victoires dans deux 60 mètres, à Nice, et un 100 mètres, à Lyon. En 1920, après plusieurs succès lors de la Coupe Bessonneau, il marque les esprits lors des championnats de France. « Mince éphèbe découpé en pur-sang » ( La Petite Gironde , 21 juillet 1920), il remporte le 100 mètres en 11 secondes devant le public du Stade Pershing, à Paris. Certains spécialistes le pensent capable de courir en 10’’4, deux dixièmes de mieux que le record du monde détenu par l’Américain Don Lippincott depuis les Jeux de Stockholm (1912). Peu après, il égale le record du monde du 60 mètres, à Bordeaux. De quoi conforter ses supporters dans leur opinion. Il est donc appelé dans la délégation française pour les Jeux d’Anvers. Un précurseur du sprint français Aligné sur 100 mètres au Kielstadion, il court et gagne sa demi-finale en 10’’8, sa meilleure performance, mais fait pâle figure en finale sous le dossard 146. En 11 secondes, il termine avant-dernier d’une course dominée par l’Américain Charley Paddock. En rééditant son temps de la veille, il aurait pu prétendre à l’or. Une semaine plus tard, il dissipe une partie de ses regrets avec le 4 fois 100 mètres. Associé à René Lorrain, René Tirard et René Mourlon, il remporte la médaille d’argent, derrière les Américains. Il ramène donc d’Anvers une des 4 médailles françaises en athlétisme (la France en gagne 41 au total). Les rares notices biographiques d’Émile Ali-Khan assurent, à tort, qu’il arrête alors sa carrière. En effet, en 1921, il rejoint Paris et le Stade Français. De beaux espoirs sont mis en lui, mais il se blesse. Éloigné durant deux ans des stades, il n’y revient qu’en pointillé et sans briller, avant de mettre fin à sa carrière en 1928. Celui qui n’a jamais été présenté par la presse sous le jour de ses origines métissées devient, ensuite, un prospère industriel. Dans les années 1930, la presse le repère parfois parmi les mondains parisiens venant assister à des compétitions, de boxe notamment. Il faudra vingt ans avant qu’un autre Français, René Valmy, soit en position d’accéder à une finale olympique du 100 mètres. Mais le Tarbais se heurtera au verdict de l’histoire : les Jeux de 1940, à Tokyo, sont annulés. Ali-Khan reste donc le seul Français finaliste jusqu’à ce que, en 1968, le Guadeloupéen Roger Bambuck lui succède en terminant à la même place que lui – 5 e – mais en courant près d’une seconde plus vite.

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Michel Théato, un marathon épique

Les Américains dominent sans partage les jeux olympiques de Paris lorsque débute l'épreuve du marathon, le 19 juillet 1900. Michel Théato, qui participe à la course, s’est construit pour sa part une réputation dans les milieux athlétiques à la fin du XIX e siècle en accédant aux podiums de plusieurs cross-country et de courses sur route. Le sociétaire du Club amical sportif de Saint-Mandé n’est pourtant pas parmi les favoris. Né en 1878 dans le Grand-Duché du Luxembourg, Michel Théato arrive en France en 1890, année où prennent fin les liens entre le Luxembourg et la couronne des Pays-Bas. Tiraillé entre la Prusse et la France, le Grand-Duché n’en est pas moins souverain à la fin du XIX e siècle. La famille de Michel Théato s’inscrit dans la trajectoire de ce pays agricole qui voit un tiers de sa population émigrer aux États-Unis et surtout en France. Au cours des années 1890, plus de 10 % de la population luxembourgeoise vit à Paris. Comme une partie de ses compatriotes qui rejoignent la capitale, Michel Théato est un ouvrier ébéniste. Pour les observateurs, il ne fait aucun doute qu’il est « un parigot pur-sang ; en tout cas, il est le seul parmi nos athlètes qui ait relevé la vieille réputation de la force et de l’endurance française » ( Le Radical , 21 juillet 1900). La description épique de sa course aux Jeux olympiques, marquée par des défaillances, le désir d’abandon et la capacité de se ressaisir, donne à cette victoire un goût d’épopée. Accusé d’avoir pris des raccourcis par les Américains, la presse française prend sa défense et souligne la présence continuelle de témoins tout au long du parcours. Le doublé français (Émile Champion termine second) sur une épreuve symbolique des Jeux fait la fierté du pays. L’usage politique d’une victoire sportive À la veille de la Première Guerre mondiale, sa victoire olympique est utilisée pour souligner la grandeur de France et tout l’intérêt à tirer de l’immigration : « À vrai dire, Parisien d’adoption, Michel Théato était né Luxembourgeois. Aussi suis-je doublement heureux que l’actualité […] me permette de le faire figurer en tête de cette galerie de l’énergie française. Car enfin ! sans tomber dans le ridicule du pangermanisme englobant dans la terre allemande Dunkerque – pardon Dijinkirchen ! – ne pouvons-nous revendiquer à l’honneur de notre race ce que font ces frères de langue de par-delà des frontières, qui considèrent la “grande France” comme leur patrie morale ! » Premier champion olympique de l’histoire en athlétisme sous les couleurs tricolores, le Luxembourgeois Michel Théato ouvre un palmarès qui va voir se succéder des hommes et des femmes aux trajectoires similaires.

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Étranges étrangers : Constantin Henriquez à Paris (1900) et Albert Corey à Saint-Louis (1904)

Aux Jeux de Paris en 1900, Constantin Henriquez, immigré-étudiant haïtien en France, porte les couleurs nationales françaises. Quatre ans plus tard, à Saint-Louis, Albert Corey, immigré français aux États-Unis, concourt pour son pays d’accueil. Tous les deux ont gagné des médailles. 120 ans plus tard, la question se pose encore : pour qui ont-ils gagné ? [...]