En 2019, près de deux mille affiches de cinéma illustrant la représentation de la frontière entraient en collection au Musée national de l’histoire de l’immigration. Trois ans plus tard, la commémoration du soixantième anniversaire des accords d’Évian nous a offert une nouvelle opportunité d’étudier et de présenter cette masse de documents.
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Les fantasmes visant à ordonner, à gérer et à restreindre dans l’espace et dans le temps les corps réfugiés par des infrastructures migratoires ne sont pas nouveaux et puisent dans une longue tradition historique. L’analyse d’archives des camps de réfugiés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale révèle le rôle des infrastructures médiatiques dans la création, le maintien et l’évolution de pratiques administratives relatives au statut de réfugié. Ainsi, l’utilisation de médias se trouve au coeur des mécanismes de la gestion technologique des « crises » migratoires.
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Les villes de Guangzhou et de Yiwu, dans le Sud-Est de la Chine, représentent deux pôles commerciaux pour les commerçants africains, qu’ils soient installés dans le pays ou y séjournent pour affaires. La pandémie de Covid-19 et le confinement qui s’ensuivit ont obligé les Africains et les Chinois à inventer un nouveau mode de commerce. Auparavant fondées sur le face-à-face et les paiements en espèces, leurs relations commerciales se sont reportées sur Internet. Les Africains privilégient les applications de communication qui leur permettent de mobiliser des réseaux de connaissance et de réaliser des transactions qui échappent au contrôle drastique des autorités chinoises.
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Au Maroc, les migrants originaires d’Afrique centrale et de l’Ouest font un usage ambivalent des réseaux sociaux. L’obligation de réussite qui pèse sur eux les contraint à réduire la communication sur leurs difficultés pour ne pas inquiéter ou décevoir leurs familles. Exposés à de multiples violences socio-raciales, certains privilégient les sociabilités numériques pour ne pas s’exposer dans l’espace public. Ce faisant, ces migrants laissent entrevoir la face sombre de leur vie connectée et contribuent à une distorsion de la réalité sur leur pays de résidence.
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De nouvelles cyber-familles chinoises transnationales émergent entre la Chine et le Canada. Dans un contexte de disqualification dans l’emploi, d’inégalités sur le marché du travail canadien et de déplacements familiaux, ces entrepreneurs migrants déploient de nouvelles stratégies. Les maris des femmes chinoises sont conduits à remigrer en Chine, tandis que celles-ci restent au Canada et mettent en place des e-commerces en collaboration avec leurs époux. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) mobilisées dans leurs relations à distance transforment à la fois leurs pratiques d’entrepreneuriales et leur intimité.
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Des acteurs publics et privés engagés sur le terrain de l’humanitaire ont développé depuis plusieurs années des dizaines d’applications numériques à destination des personnes migrantes ou des organisations humanitaires. Les « pays en développement » sont devenus des lieux d’expérimentation en matière de statistiques. Il s’agit d’évaluer les conséquences et les risques de telles expérimentations sur les réfugiés. Dans le camp de Zaatari en Jordanie, l’étude de la collecte des données numériques auprès des réfugiés révèle des mécanismes de dépossession de la donnée qui subsistent entre eux et le personnel humanitaire.
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Le traitement du sujet de l’immigration sur les réseaux sociaux conduit à questionner les causes politiques et médiatiques de sa large visibilité, alors que d’autres préoccupations le précèdent au sein de la population française. L’étude du débat Twitter autour de l’immigration en France permet d’identifier un nombre restreint d’acteurs qui disposent d’un pouvoir discursif considérable, appuyé sur une maîtrise fine des outils numériques : celui de fixer l’ordre du jour. La construction du sujet comme un problème majeur sur la toile contribue ainsi à cliver le débat public autour de l’immigration.
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Il y a un presque vingt ans, en 2003, la revue Hommes & Migrations publiait un premier numéro sous ma direction qui était dédié à l’étude des migrations et des migrants en relation avec le développement des Technologies informatiques de la communication (TIC). Ces technologies digitales qui se déploient en réseaux peuvent servir et augmenter une forme de fonctionnement sociétal réticulaire, par essence, qui s'avère spécifique aux migrants et à leurs diasporas et qui se manifeste, en premier lieu, par différentes formes d’action et de présence à distance. Déjà, à la fin des années 1990, nous avons pu constater l’émergence d’une nouvelle figure de migrants : le migrant connecté. Ce que j'entends, aujourd’hui, par « migrant connecté » est un migrant équipé avec au moins un outil digitalisé qui lui permet de switcher instantanément entre plusieurs mondes d’existence. Cet outil lui donne accès et lui permet de naviguer dans un environnement digitalisé connecté. Cet environnement peut être dans le pays d’accueil, dans celui de destination, ou ailleurs. Le migrant connecté porte son « chez-lui » via son capital d’accès, son téléphone mobile, sa carte bancaire, son passeport biométrique, etc. Cela comprend toutes ses appartenances aux territoires, aux institutions civiles (sécurité sociale, banque, transport, etc.), ainsi que ses réseaux familiaux, professionnels et amicaux. Je le vois donc plus proche de la figure du navigateur que de celle du déraciné. Le migrant connecté se manifeste par une présence connectée qui se produit, tout d’abord, par une joignabilité permanente. Cette présence connectée est composée de différentes formes de présences potentielles et actualisées, dont la caractéristique commune est qu’elles ne sont jamais complètes, au même titre que la présence produite face à face.