Tout au long du mois de novembre, le Palais inaugure le premier cycle du ciné-club du dimanche avec une carte blanche à Rachida Brakni. À travers quatre films tournés en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en France, la comédienne, metteuse en scène, chanteuse et écrivaine explore les réalités et les expériences féminines dans toute leur diversité.
Quentin Chevrier © Palais de la Porte Dorée
Pendant toute la durée de l’exposition Une histoire du cinéma français. Héritages maghrébins, l’Auditorium Marie Curie se transforme en salle de cinéma. Chaque mois, une nouvelle programmation est imaginée pour prolonger la visite et faire résonner les œuvres présentées dans l’exposition avec le regard d’une personnalité du 7e art ou l’univers d’un réalisateur majeur.
Pour inaugurer ce rendez-vous, Rachida Brakni a choisi quatre films qui explorent, chacun à leur manière, la condition féminine et la place des femmes dans la société. De la Tunisie au Maroc, de l’Algérie à la France, cette sélection traverse les territoires et les récits pour donner à voir des expériences féminines plurielles, au plus près du réel.
Avec cette carte blanche, j’ai souhaité proposer des films dont le regard et le sujet étaient féminins. Le premier nom qui s’est imposé à moi est celui d’Assia Djebar : immense écrivaine et première réalisatrice maghrébine de l’histoire. La Zerda ou les chants de l’oubli est un film puissant composé d’images d’archives et porté par un chant poétique féminin dans lequel la réalisatrice déconstruit la propagande coloniale et les stéréotypes orientalistes à propos du Maghreb. Le film s’ouvre sur un panneau indiquant « La Mémoire est corps de femme ». J’ajoute : le récit de la mémoire est le récit des femmes. Cette phrase a guidé mes choix.
Dans la seconde partie de Mémoires d’immigrés, Yamina Benguigui donne la parole aux mères, ces femmes qui ont rejoint leurs maris après le regroupement familial. Quand je découvre ce documentaire il y a près de trente ans, je réalise combien mon histoire s’inscrit dans un récit commun, mon reflet et celui de mes parents se démultiplient, mon « je » singulier entre en résonance avec d’autres destins que le mien.
Dans le film Matchat, deux sœurs gagnent leurs vies en chantant l’Amour lors de cérémonies de mariage. L’une se désespère de rencontrer un homme quand l’autre subit la violence de son époux. La réalisatrice franco-tunisienne nous montre combien la présence de l’Homme comme son absence est un poids pour la femme mais aussi une prison sociale.
Enfin, L’Enfant endormi, de Yasmine Kassari. Un film belgo-marocain tourné dans un petit village déserté par les hommes, partis migrer en Espagne. Le film aborde la question de l’enfant endormi, croyance vieille de douze siècles qui consiste à endormir un fœtus plusieurs mois voire plusieurs années dans le ventre de sa mère par de la magie blanche. Seule actrice professionnelle du film, j’étais quelque peu déroutée par mes compagnes de jeu qui croyaient dur comme fer à ce qui s’apparentait pour moi à un mythe avant d’en mesurer la force et la portée symboliques. En effet, cette croyance permettait aux femmes d’être protégées des hommes en cas par exemple d’adultère. Dans chacun de ces films, les réalisatrices nous donnent à entendre des voix de femmes tues, invisibilisées quand elles ne sont pas fantasmées.
Rachida Brakni
Legende
Rachida Brakni
Credit
© Dorian Prost
Née de parents algériens à Paris en 1977, Rachida Brakni grandit à Athis-Mons dans l’Essonne avant d’entrer comme pensionnaire de la Comédie française en 2001. L’année suivante, elle est récompensée par le César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans le film Chaos de Coline Serreau et par la Molière de la révélation féminine pour son rôle dans Ruy Blas. Elle quitte ensuite la Comédie française pour se consacrer au cinéma et à la télévision, tout en continuant à interpréter de grands rôles au théâtre. Metteuse en scène et chanteuse, Rachida Brakni se consacre également à l’écriture de romans. Après la figure du père dans son premier roman Kaddour (Stock, 2024), La part absente (Stock, 2026) sonde, à travers le parcours d’une femme qui a gommé ses origines algériennes, le poids du passé colonial et sa difficile transmission.
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