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Revue Mondes & Migrations Au musée : portfolio

De l’inventaire à la patrimonialisation d’une histoire vivante

En 1983, dans de nombreux territoires en France, des crimes racistes se multiplient à l’encontre de jeunes originaires de quartiers défavorisés, dont une large part sont des enfants de travailleurs immigrés. Face à cette violence, un groupe de jeunes filles et garçons de la banlieue lyonnaise, décide, avec le soutien d’acteurs associatifs locaux et nationaux, et tout particulièrement le Comité inter-mouvements auprès des évacués (Cimade), d’entreprendre une marche pacifique à travers la France hexagonale en octobre 1983. L’un des slogans repris alors, « Rengainez, on arrive », dit tout du contexte brutal que ces jeunes doivent affronter, mais également de leur détermination à contrer une logique consistant à les exclure de la société française, bien qu’ils soient presque tous Français et revendiquent le droit d’être reconnus comme tel. Cette démarche militante non violente n’est pas nouvelle : une décennie plus tôt, des travailleurs immigrés entamaient déjà des grèves de la faim en réaction aux conditions de vie et de travail inégalitaires qui leur étaient imposées. La Marche de 1983 est donc l’héritière d’une longue histoire de luttes de l’immigration. [...]

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Se reclasser dans l’exil

« Mon expérience ici, en déplacement, s’est transformée en quelque chose de positif. J’ai réussi à continuer mes études, à trouver un travail, j’ai une vie sociale plus grande que celle que j’avais en Syrie. Il y a beaucoup de gens qui sont dans les camps qui se plaignent (je suis une victime, je suis un réfugié, je suis…) comme s’ils étaient des victimes alors qu’en fait il faut se fixer un objectif pour y arriver. » Mohammad. [...]

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« Rejeter la France » en immigrant au Québec ?

Depuis le début des années 2000, l’immigration de ressortissants français au Canada, et notamment au Québec, est en forte croissance. À titre d’illustration, le nombre de permis de mobilité internationale octroyés à des Français au Canada ces vingt dernières années a plus que triplé. Pensée traditionnellement comme une société d’immigration ayant accueilli des vagues successives de migrants en provenance d’Europe et des anciens territoires coloniaux, la France est désormais marquée par le pendant migratoire de l’émigration. En recomposition ces deux dernières décennies, ces nouvelles mobilités Nord-Nord suscitent un intérêt renouvelé dans le champ des études migratoires. Plusieurs travaux scientifiques récents, notamment dans les pays du Golfe, renouvellent d’ailleurs l’étude des immigrants français, en portant, entre autres, le regard sur les projets et les trajectoires migratoires de Français racisés. Si la diversité des parcours migratoires de Français au Québec et de leurs aspirations a déjà pu être analysée, peu de travaux s’intéressent cependant aux différences de positions sociales et raciales entre eux. Or, malgré des difficultés d’objectivation statistique, l’immigration française au Québec se révèle plus diverse socialement, incluant notamment une part non négligeable d’immigrants français racisés, notamment maghrébins. [...]

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Français descendants d’immigrés aux Émirats arabes unis

« J’veux ma villa sur Dubaï, un bail à tous vous dire goodbye », Jul, « Oh Fou », 2018. La réflexion sur les trajectoires sociales des Français descendants d’immigrés reste durablement appréhendée à une échelle et dans un cadre strictement hexagonaux. C’est là, en effet, que se décrivent et se mesurent les évolutions des positions socioprofessionnelles, ainsi que les processus d’identification, d’altérisation et de discrimination à l’œuvre dans les interactions quotidiennes. Ce sont aussi les catégories de la statistique publique française qui servent de référence à la définition d’une « classe moyenne », dont les critères et les contours, toujours nécessairement discutables, en font moins une catégorie stable qu’un système de références à l’aune desquelles on tente de donner consistance au processus d’« intégration » des descendants d’immigrés, lui-même particulièrement flou dans sa définition. Dans cet article, il s’agit d’envisager l’émigration depuis la France comme l’une des modalités des parcours sociaux parmi les descendants d’immigrés. [...]

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Les femmes entrepreneures face à la mobilité bloquée

Dans les années 1980, le questionnement sur la mobilité sociale et la sortie du salariat s’inscrit dans un courant qui rompt avec l’approche dominante des immigrés comme constituant principalement un prolétariat industriel, ne laissant que peu de place aux immigrés/migrants-acteurs. Cette problématique était au centre des travaux du Groupe de recherche international sur la migration, l’ethnicité et l’« ethnic business » auquel j’ai participé, et, en France, des travaux sur les activités commerciales des immigrés, au sein du groupe Migrinter entre autres. Partant de ces recherches, et de mes précédents travaux sur l’emploi des immigrés dans le secteur de l’habillement et sur les migrations féminines, j’ai poursuivi mes propres interrogations sur les stratégies de mobilité des femmes, réduites souvent à la « fonction ressource » dans les travaux sur l’entreprise familiale ethnique. [...]

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Ascension sociale et émergence d’une classe moyenne chez les immigrés italiens de Cannes au début du XXe siècle

Un Britannique de la haute société ou une princesse russe profitant de l’air marin accompagnée d’une dame de compagnie sur la Croisette… Telles sont les images d’Épinal qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque les étrangers à Cannes à la Belle Époque. Si les populations aisées d’Europe du Nord ont grandement contribué à la visibilité internationale du littoral azuréen et au développement du tourisme balnéaire, elles sont numériquement beaucoup moins importantes que d’autres migrants, d’Europe du Sud en l’occurrence : les Italiens. En effet, en 1906, la population transalpine représente 8 158 individus, soit presque 30 % de la population totale de Cannes. Ces Italiens sont en grande majorité des migrants en provenance d’Italie du Nord, et en particulier du Piémont. Ils sont les héritiers des migrations saisonnières agricoles anciennes en lien avec les travaux des champs basés sur la trilogie méditerranéenne (le blé, la vigne et l’olivier) puis, à partir du XIX e siècle, la cueillette de fleurs associée au développement de l’industrie des parfums à Grasse. Or, à la Belle Époque, ces migrations transfrontalières évoluent avec le développement touristique de la Côte d’Azur qui va de pair avec l’urbanisation du littoral. Les activités des migrants se diversifient et leur installation en France tend à devenir définitive pour un nombre croissant d’entre eux. Cette situation permet d’interroger la naissance d’une classe moyenne au sein de la communauté italienne de Cannes au début du XX e siècle.

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Femmes, descendantes d’immigrés originaires de Turquie à Berlin et à Paris : des transclasses racisées ?

Au cours des deux dernières décennies, la prise en compte de la dimension migratoire dans l’étude de la mobilité sociale s’est accentuée en Allemagne comme en France. Selon les contextes migratoires respectifs des deux pays, il était majoritairement question en Allemagne des descendant·es d’immigrés de Turquie, pendant qu’en France l’attention était portée sur les originaires du Maghreb, comme illustre le titre de l’ouvrage de Catherine Wihtol de Wenden et Rémy Leveau : La beurgeoisie . [...]

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Devenir propriétaire pour échapper aux discriminations ?

Être propriétaire de son logement ou chercher à le devenir représente un des marqueurs de l’ascension sociale : la constitution d’un patrimoine, le statut résidentiel valorisé, accentuent la distance avec les classes populaires. Pour les immigrés, l’accession à la propriété dans le pays d’installation est de surcroît associée à l’idée d’une « intégration réussie ». En France, près d’un tiers des immigrés sont propriétaires, une proportion stable depuis 30 ans. Pourtant, la figure du migrant propriétaire est quasiment absente de la sociologie urbaine et de celle des migrations, à l’exception de quelques travaux importants dans les années 1990, mais méconnus, portant sur des groupes immigrés spécifiques (congolais, algériens, marocains). Elle apparaît parfois au détour de monographies sur des quartiers spécifiques. En rupture avec le profil de l’immigré non qualifié, le phénomène semble indiquer la consolidation de positions sociales que l’on pourrait associer à grands traits aux classes moyennes, puisque devenir propriétaire suppose de mobiliser certaines ressources sociales, techniques, économiques et administratives. L’accession à la propriété est-elle le marqueur de la progression d’une nouvelle classe moyenne issue de l’immigration ? Observer les conditions dans lesquelles les personnes immigrées sont devenues propriétaires invite à poser un regard critique sur ce phénomène. [...]