Les diplômés du supérieur issus des quartiers « Politique de la Ville » subissent plusieurs discriminations qui pèsent sur leur carrière professionnelle. Selon des enquêtes menées par l’Observatoire des discriminations de Montpellier, les trajectoires des diplômés au sein de l’Éducation nationale puis dans le champ de l’emploi apparaissent simultanément affectées par leurs origines ouvrières et migratoires. Si la plupart des enquêtés parviennent à effectuer une mobilité sociale ascendante, c’est au prix de trajectoires marquées par la précarité et de stratégies de contournement de la discrimination qui peuvent s’avérer coûteuses à long terme. [...]
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Revue Mondes & MigrationsArticle de dossier/point sur
H&M : Pouvez-vous nous expliquer comment a été construite l’analyse de la mobilité sociale dans l’enquête Trajectoires et origines2 ? Pourquoi avoir distingué les deux dimensions que sont la structure des capitaux économiques et culturels ? Qu’est-ce que cela vous permet de souligner ? Mathieu Ichou : Il faudrait faire une distinction entre, d’une part, l’enquête TeO2 elle-même dont les données permettent une multitude d’analyses différentes de la mobilité sociale et, d’autre part, certaines analyses spécifiques sur cette question que j’ai pu réaliser avec des collègues. L’enquête TeO2 est suffisamment riche pour autoriser des analyses fines et multidimensionnelles de la position sociale des immigrés et de leurs descendants dans la société française, mais aussi de la mobilité intergénérationnelle (les diplômes des parents, conjoints et enfants, les revenus, le statut d’activité, les professions prémigratoires et post-migratoires des parents, les quartiers de résidence, etc.). Elle permet de croiser de nombreuses données sur l’appartenance sociale, objective et subjective, des immigrés et de leurs descendants. [...]
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« Cinquante années d’immigrations insuffisamment régulées ont abouti à un échec, un échec d’intégration. » Voici ce qu’affirmait Nicolas Sarkozy, lui-même fils d’immigré hongrois, en juillet 2010. Le lieu commun de l’échec de l’intégration est resté fermement ancré dans l’imaginaire collectif. La dynamique d’ascension sociale, qui a profité aux immigrations européennes, ne s’observerait plus pour les populations issues des immigrations postcoloniales. [...]
Les élections européennes révèlent l’opposition radicale d’une large partie de l’opinion française à l’immigration. Opposition alimentée par des discours qui agitent le chiffon rouge du grand remplacement, de l’invasion étrangère et des conflits religieux. Les inquiétudes multiples qui s’expriment devraient inciter les institutions scientifiques et culturelles à redoubler d’efforts dans leurs missions d’explicitation et de dialogue, nécessaires pour produire un projet sociétal commun, une citoyenneté ouverte et une solidarité active. Dans la tempête, il s’agit de combattre avec une vigueur renouvelée certains des préjugés majeurs qui construisent, dans l’imaginaire des Français, l’immigration comme un problème et un ennemi de notre société. Celui de l’échec de l’intégration imputé aux spécificités des migrations postcoloniales et non européennes figure en première ligne.
Les travaux, les engagements comme l’actualité de Mouloud Feraoun restent largement ignorés. Cet ouvrage collectif, piloté par Tassadit Yacine et Hervé Sanson, pourrait faire œuvre à la fois de réparation et de résurrection (au sens littéraire bien sûr). Pas moins de dix contributions (Zineb Ali-Benali, Salah Ameziane, Guy Basset, Jeremy Beschon, Denise Brahimi, Domenico Canciani, Jean-Pierre Faguer, Nicholas Harrison, Inès Kremer, Karolina Resztak, Emmanuel Sacriste) et trois textes d’hommage de pairs (Tahar Bekri, Samira Negrouche, Habib Tengour) sont ici rassemblés pour éclairer « une œuvre dont la dimension n’a pas encore suffisamment été soulignée ». [...]
« C’était un curieux phénomène, cette migration annuelle de milliers de familles sur les routes de France et d’Espagne » en direction du Maroc, écrit le narrateur de ce premier roman multidimensionnel qui mêle conte, ethnographie, questions identitaires et même considérations sur le commun et le vivre ensemble empruntées à deux tribus berbères marocaines. Deux tribus pourtant divisées par une rivalité séculaire au cœur de la vallée des Lazhars, perdue au fin fond du royaume : les Ayami et les Hokbani. Seul l’amour peut venir à bout des frontières, message universel, incarné ici par Haroun des Ayami et Faïrouz des Hokbani. Le récit emporte le lecteur, de rebondissement en rebondissement, d’émotion en émotion, de tension en tension sur fond de désobéissance, d’insoumission et de liberté, porté par des personnalités riches, des personnages d’exception, à commencer par les femmes, plus grandes que tous les hommes des deux clans : Zahra et Jemâa les deux matriarches, Farah l’autre transfuge et, bien sûr, la belle, verticale et racée Faïrouz. [...]
L’humanité devrait compter 10 milliards d’habitants en 2050, avant d’entamer une baisse de croissance à la fin du siècle. La fécondité élevée, en Afrique notamment (un tiers de l’humanité en 2100), ne doit pas masquer une baisse de la fécondité médiane passant de 5,4 à 2,1 enfants par femme en 50 ans. Les points forts des perspectives démographiques mondiales sont ailleurs, dans le vieillissement de la population, l’urbanisation généralisée et le développement des migrations internationales. La question des migrations se pense ici à une échelle et à un niveau de complexité très éloignés de nos débats : au niveau de l’impact de la transition écologique et des politiques de développement durable, des inégalités socio-économiques internationales et à l’intérieur des pays, des richesses au Nord et des populations au Sud, de l’effet sur la nature et l’environnement du développement humain, de « l’empreinte écologique » et des effets du réchauffement climatique, des inégalités de la durée de vie – qui varie de près du simple au double – et de la mortalité des enfants : sur 100 enfants de moins d’un an qui meurent dans le monde 55 meurent en Afrique et 40 en Asie. [...]
Ce Voyage empêché est un objet littéraire non identifié dans l’œuvre de l’auteure. On connaît la voix singulière de Tassadit Imache depuis la parution, en 1989, d’ Une Fille sans histoire jusqu’au Finis d’écrire ! (2020). Au cœur de ses écrits, se déplie l’histoire franco-algérienne racontée à hauteur d’une jeune fille, née en pleine guerre, d’un couple franco-algérien. Devenue femme, elle n’oublie pas l’histoire et le sort des « siens » : l’immigré, le prolo, le relégué des banlieues, le banni des bidonvilles, sans oublier la mère, l’épouse française d’un « gaillard » africain. Tassadit Imache sculpte ces thèmes, entre ombres et lumières, entre hier et aujourd’hui, creuse à la gouge, finement et en profondeur, écrit à l’épure. Malgré – ou grâce – à son économie, sa phrase traduit l’amphibolie, les sens pluriels et parfois contraires des existences, des conditions, de notre société. Cela donne parfois des textes difficiles, qu’il faut lire et relire, pour en saisir la valeur, les nuances. Dès le premier roman, elle fut renvoyée à son nom, un exotisme qui l’excluait du « dedans » en flattant son « dehors ». En fait une réduction : écrivaine algérienne, de banlieue, qui ressasse un passé à congédier, la plume dégoulinant une encre noire. L’étouffant « d’où viens-tu ? » l’assignant à résidence et au fâcheux ; autrement dit à bassiner son lecteur avec son « ADN imaginaire » et sa marche « à rebours ». Elle a dû faire avec les critiques qu’insupportaient ses cris de révolte et ses modulations : trop sombres ou trop compliqués tout ça ! Mais l’auteure est une rugueuse et ne concède rien de l’essentiel, balançant entre la lumière d’un « amour imprévisible » et la misère des « siens », « la source du conflit original ». [...]