Dans le cadre de sa carte blanche, Rachida Brakni invite Katia Kameli à croiser deux regards sur les mémoires algériennes et leur transmission. Une séance en deux temps, entre réappropriation d’images d’archives, récits de femmes et résonances contemporaines.
Photo du film « La Zerda ou les chants de l'oubli »
Pour La Zerda ou les chants de l'oubli, l'écrivaine algérienne Assia Djebar s'est détournée de son métier d'écrivaine afin de retracer l'histoire de la colonisation du Maghreb à travers des actualités cinématographiques françaises. Le film utilise le montage pour rechercher la vérité dans ces images au regard meurtrier
, une vérité qu'elles s'abstiennent délibérément de montrer : la résistance derrière le masque
. La bande-son mêle chants polyphoniques et musique expérimentale pour former un chant du cygne furieux contre la violence coloniale.
Production : Radiodiffusion Télévision Algérienne (RTA)
Assia Djebar
Née le 30 juin 1936 à Cherchell (Algérie), Assia Djebar est une écrivaine, professeur d’université, et cinéaste, qui a vécu et travaillé entre la France, l’Algérie, et les États-Unis. Élève de l’École normale supérieure de Sèvres en 1955, elle publie son premier roman La Soif en 1957, suivi des Impatients en 1958. En 1974, de retour à Alger, elle commence la préparation d’un long métrage semi-documentaire, après des séjours dans la tribu maternelle des Berkani. Elle y interroge la mémoire des paysannes sur la guerre, y intègre des épisodes dans La Nouba des Femmes du Mont Chenoua, long-métrage de deux heures, produit en arabe et en français par la télévision algérienne, sur une musique de Béla Bartok. Ce long-métrage suscite des débats contradictoires dans les milieux algériens. Il sera présenté à Carthage en 1978, puis à la Biennale de Venise, en 1979 où il obtient le Prix de la Critique internationale.
Elle continuera son travail de cinéma avec un long métrage documentaire La Zerda et les Chants de l’oubli présenté en 1982, par la télévision algérienne et primé au Festival de Berlin, comme « meilleur film historique » en janvier 1983. Après une dizaine d’années où elle se consacre à l’écriture en France, elle part enseigner aux États-Unis en 1995, en Louisiane et à New York University. Elle est élue à l'Académie française, le 16 juin 2005. Elle meurt à Paris le 6 février 2015.
Le Roman algérien (et l’histoire se répète), de Katia Kameli (2026, 19min)
Katia Kameli, images extraites du film « Le Roman algérien - et l’histoire se répète », 2026, film UHD 19mn © Katia Kameli, ADAGP
Dans Le Roman algérien (et l’histoire se répète), fidèle à sa volonté d’écrire en images
un récit conjugué au féminin pluriel, où les narratrices sont passeuses et autrices, Katia Kameli ausculte et réactive le potentiel du film-poème d’Assia Djebar, La Nouba des femmes du Mont Chenoua (1977). Déclenché par la redécouverte de son scénario, ce quatrième chapitre, produit pour les Rencontres d’Arles, saisit les résurgences de lieux et figures emblématiques de La Nouba : de grottes situées près de Tipaza aux potières du Mont Chenoua où celles-ci perpétuent un savoir-faire ancestral qui fascinait déjà Assia Djebar.
Pour la première fois, Katia Kameli mobilise également son parcours biographique et artistique, faisant de la transmission des gestes, des mémoires, des musiques ainsi que des allers retours entre passé, présent et futur, entre recherche documentaire et écriture allégorique des motifs définitivement centraux.
Katia Kameli
Legende
Katia Kameli
Credit
© Margot Montigny
Katia Kameli est une réalisatrice et artiste visuelle franco-algérienne, née en 1973 à Clermont-Ferrand. Sa pratique repose sur une démarche de recherche : le fait historique et culturel alimente les formes plurielles de son imaginaire plastique et poétique. Elle se considère comme une « traductrice ». La traduction n’est pas un simple passage entre deux cultures ni un simple acte de transmission, mais fonctionne aussi comme une extension de sens et de formes. L’acte de traduction déconstruit la relation binaire et parfois hiérarchique entre la notion d’original et de copie. Une réécriture des récits apparait au sein de son travail. Elle met en lumière une histoire, globale, faite de frontières poreuses et d’influences réciproques afin d’ouvrir une voie réflexive et génératrice d’un regard critique sur le monde.
Diplômée de l’École Nationale des Beaux-Arts de Bourges, elle a suivi le post-diplôme le Collège-Invisible à l’École Supérieure d’Arts de Marseille. Son travail a trouvé une visibilité et une reconnaissance sur la scène artistique et cinématographique internationale et a été montré lors de nombreuses expositions personnelles et collectives.
À découvrir également
La carte blanche de Rachida Brakni se poursuit avec trois autres rendez-vous :
Dimanche 8 novembre - L’Enfant endormi
Dimanche 15 novembre - Mémoires d’immigrés, l’héritage maghrébin. Partie 2 : Les mères
Dimanche 29 novembre - Machtat