Les immigrés en France
Cette série décrit, à quatre époques différentes, l’installation et la répartition des immigrés sur le territoire métropolitain.
Cette série décrit, à quatre époques différentes, l’installation et la répartition des immigrés sur le territoire métropolitain.
Les cuisines se métissent, les pratiques artistiques, les langues, les croyances, les imaginaires, les cultures, les "villes-monde", les sociétés, les peuples se métissent, c’est-à-dire naissent et vivent de rencontres, échanges, hybridations, recompositions. Le métissage se rattache à l’idée de mélange, mais un mélange qui ne se réduirait pas à une somme d’éléments épars et étrangers les uns aux autres, un patchwork ou une juxtaposition sans âme. Il serait " une nouvelle conscience identitaire où l’appartenance humaine prendrait le pas sur la somme des appartenances " (E.Plenel). Le métissage porte d’autres façons d’être et d’appréhender le monde.
Au regard de l’histoire de l’humanité la question peut paraître saugrenue. Concernant ses formes contemporaines, le métissage se nourrit de l’échange et s’épanouit dans les nombreux et nouveaux espaces de rencontre, ces zones "interstitielles" (D.Shayegan). « Il y a une fissure en toute chose / C’est ainsi qu’entre la lumière » chante Léonard Cohen. Aux monologues, sourds à la pensée de l’Autre, aux relations déséquilibrées, de domination, il privilégie l’égalité relationnelle et des rapports « dialogiques », autrement dit des rapports où l’union de deux (ou plusieurs) logiques ne signe par la disparition de l’une ou des logiques en relation. Le métissage rime avec diversité ou polyphonie. L’extension coloniale et l’occidentalisation du monde, en provoquant la disparition de milliers de sociétés, de langues et de cultures, ont appauvri la diversité. De même, la mondialisation contemporaine peut conduire à une uniformisation des modes de vie et de pensée (par le marché notamment). Pour autant, au sein des sociétés modernes s’inventent de nouveaux brassages et de nouveaux métissages.
Les nations, les peuples, les cultures, les croyances, les pratiques artistiques, les habitudes alimentaires voyagent, s’influencent, se mêlent au risque sinon de s’atrophier voir de disparaître. De ce point de vue, les immigrations ont contribué non seulement à irriguer les arts, les modes de vie, la culture française mais aussi et parfois à en être les principaux vecteurs. Des arts populaires, comme la chanson ou la cuisine, à la peinture et l’art moderne en passant par la littérature, l’architecture, la décoration, la haute couture, les immigrés et leurs descendants n’ont cessé de contribuer à la vitalité et au rayonnement international du "génie" culturel français.
Sans remonter à la figure d’un Emile Zola ou d’un Apollinaire, les lettres françaises n’ont cessé de s’enrichir d’écrivains d’origine étrangère. Les premières traces d'immigration, dans la littérature contemporaine, française ou francophone, se nomment Samuel Beckett, Eugène Ionesco ou Cioran, Romain Gary pour les plus connus, mais aussi Jean Malaquais, (Prix Renaudot 1938 pour Les Javanais ) ou un Clément Lépidis. Paris, capitale des auteurs noirs américains (James Baldwin, Richard Wright ou Chester Himes…), d’écrivains sud-américains (Miguel Angel Asturias, Julio Cortázar, Alejo Carpentier, Manuel Scorza, Mario Vargas Llosa ou César Vallejo) ou allemands fuyant le nazisme, Klaus Mann en particulier. Dans les années 30, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, René Depestre, Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Birago Diop lancent le mouvement de la « négritude ». Une décennie plus tard, émerge dans le contexte colonial d’Afrique du Nord, avec Jean Amrouche, Taos Amrouche, Mouloud Feraoun d’abord, puis Mouloud Mammeri, Mohamed Dib, Assia Djebar, Driss Chraïbi, Kateb Yacine ou Rachid Boudjedra.
La loi du 9 décembre 1905 indique " la séparation des Églises et de l’État " et " garantit le libre exercice des cultes ". Ce principe instituerait la neutralité entre les religions et la tolérance de l’État à l’égard des croyances, pour peu que chaque fidèle fasse ses petites affaires chez lui et entre soi. Pourtant, la loi de séparation ne semble pouvoir se réduire à une simple tolérance. Ainsi, place-t-elle les réunions pour la célébration d'un culte sous la surveillance des autorités (article 25) ; elle interdit les réunions politiques dans les lieux de culte (article 26) ; elle interdit, dans les écoles publiques, l’enseignement religieux aux enfants âgés de six à treize ans pendant les heures de classe (article 30) ; elle prévoit de condamner ceux qui useraient de menaces ou de violences contre un individu pour le contraindre notamment à exercer ou à s'abstenir d’exercer un culte (article 31) et enfin, elle fonde la prééminence des lois de la République sur les préceptes des cultes (article 35). Autrement dit, on ne fait pas ce que l’on veut et tout n’est pas permis. La loi de 1905, loi dite de séparation des Églises et de l’État, pose la neutralité de l’État à l’égard des religions, garantie par l’État du libre exercice des cultes, mais dans un cadre législatif si ce n’est contraignant à tout le moins contraint : la loi n’oblige à rien (liberté de croire ou de ne pas croire et égalité de tous devant la loi (principe repris dans la Constitution de 1958), mais encadre, oblige au respect des libertés individuelles, au respect de l’autonomie, de la responsabilité, de la libre conscience et de l’esprit critique de chacun. De ce fait, elle est au cœur de l’organisation de la communauté nationale et de la conception républicaine de la citoyenneté. En garantissant la liberté de croire ou de ne pas croire, l’égalité de tous face à la loi, la laïcité reconnaît, en principe, le droit à la différence de chacun. L’histoire montre que la laïcité a cherché à s’adapter aux transformations et aux évolutions de la société (régime concordataire en Alsace-Moselle, nouvelles religions, revendications culturelles et identitaires,…), qu’elle s’est appliquée à respecter, et à faire respecter, ces principes fondamentaux qui visent à organiser et à conforter le « vivre ensemble » plutôt que de le voir contester et fragiliser par des revendications communautaires, religieuses ou sectaires. L’immigration, en soi, n’est ni un danger ni une garantie pour la laïcité. Au sein des différentes populations immigrées, des comportements peuvent se révéler contraires voir hostiles aux règles laïques. D’autres, l’écrasante majorité, s’y inscrivent et souvent les renforcent. Si des inquiétudes naissent, elles résultent des contraintes qui, au sein de tel ou tel culte, de tel ou tel groupe, menacent les libertés individuelles, la liberté de conscience, l’égalité homme/femme ou l'idée d'émancipation en enfermant des citoyen(ne)s dans des racines et des identités figées et exclusives. De même, tout ce qui vise à remplacer le cadre républicain par des pratiques et des normes où les lieux de cultes se substitueraient aux institutions républicaines et où la loi commune serait remplacée par de nouvelles règles, propres à tel ou tel groupe, risque de menacer la paix et la concorde civiles.
En 2018, les ménages immigrés sont moins souvent propriétaires (35 %) que les ménages non immigrés (60 %). Ils sont plus souvent locataires d’un logement HLM (respectivement 31 % et 13 %). Des revenus plus faibles ou la plus grande taille des ménages peuvent expliquer cette surreprésentation des immigrés en HLM. Mais, ici encore, le terme « immigré » recouvre de nombreuses disparités.