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Mémoire du 17 octobre 1961 : cinéma et création contemporaine

Longtemps occultée, la répression du 17 octobre 1961 trouve depuis quelques années une nouvelle visibilité dans la création artistique. À l’occasion des 65 ans de la manifestation, retour sur la manière dont le cinéma et les arts visuels ont contribué à faire entrer cet événement dans la mémoire collective. 

Pierre Boulat, Face à face à la Goutte d'or, La vie des Nord-Africains de Paris (série), 1955

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Pierre Boulat, Face à face à la goutte d'or, La vie des Nord-Africains de Paris (série), 1955 © Pierre Boulat/Association Pierre & Alexandra Boulat

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© Palais de la Porte Dorée

Le 17 octobre 1961, 30 000 Algériens manifestent pacifiquement à Paris à l’appel du FLN (Front de libération nationale) contre un nouveau couvre-feu imposé le 5 octobre aux “Français musulmans d’Algérie”. Les forces de l’ordre, dirigées par le préfet de police Maurice Papon, répliquent par une répression qui fait de nombreux morts et entraîne près de 12 000 arrestations (sur 22 000 participants) en quelques heures. Un massacre d’État, longtemps passé sous silence.

Il faut attendre les années 1990 pour que l’histoire du 17 octobre s’écrive et se diffuse largement, notamment grâce à une importante production culturelle. Cinéastes, écrivains, dessinateurs, plasticiens, musiciens... : de nombreux artistes se sont emparés du sujet et nous plongent, des décennies plus tard, dans la répression la plus meurtrière d’Europe de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale. Du cinéma aux arts visuels, aperçu des œuvres qui ont contribué à faire entrer cet événement dans la mémoire collective. 

Sur les écrans

Affiche du film Octobre à Paris de Jacques Panijel

La parole censurée : Octobre à Paris de Jacques Panijel (1962)

Tourné clandestinement de fin octobre 1961 à février 1962 dans les bidonvilles de Nanterre et de Gennevilliers et dans le quartier de la Goutte-d’Or, Octobre à Paris (1962) donne la parole aux témoins, qui, pour certains, ont échappé de justesse à la mort. « Le film est conçu comme une tragédie en trois actes : avant, pendant, après : l’organisation et le départ de la manifestation que nous avons pu reconstituer, la manifestation racontée par des photographies, et les témoignages filmés après la manifestation. »

[« Festival d’un film maudit », entretien donné par Jacques Panijel à Jean-Philippe Renouard et Isabelle Saint-Saëns, Vacarme, no 13, été 2000].

Le film est immédiatement interdit et ses copies saisies. De rares projections publiques ont lieu en mai 1968 dans le Quartier latin. En 1973, une grève de la faim de René Vautier obtient la levée de la censure. 

Affiche du film Hors-la-loi, Rachid Bouchareb, 2010

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Affiche du film Hors-la-loi, 2010, Rachid Bouchareb

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© 3B

Le 17 octobre dans la fiction : Hors-la-loi de Rachid Bouchareb (2010)

Dans Hors-la-loi (2010), Rachid Bouchareb retrace les destins croisés de trois frères - Messaoud (Roschdy Zem), Abdelkader (Sami Bouajila), Said (Djamel Debbouze) -, chassés de leur terre algérienne et qui se retrouvent quelques années plus tard à Paris, au cœur des tensions politiques et des luttes pour l’indépendance. La manifestation du 17 octobre 1961 constitue l’une des scènes centrales du film, notamment à travers le parcours d’Abdelkader, fervent militant du FLN. 

Affiche du film Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi

Le documentaire comme espace de mémoire : Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi (2011)

Sorti en 2011, Ici on noie les Algériens relate, en cette fin de Guerre d’Algérie, le déroulement de la nuit sanglante du 17 octobre 1961. 50 ans après, la cinéaste Yasmina Adi met en lumière une vérité encore taboue. 

Croisant témoignages et archives inédites, histoire et mémoire, passé et présent, le film retrace les différentes étapes des événements, révélant la stratégie et les méthodes mises en place au plus haut niveau de l’État : manipulation de l’opinion publique, récusation systématique de toutes les accusations, verrouillage de l’information afin d’empêcher les enquêtes… 

Le court métrage Rock Against Police de Nabil Djedouani (2019)

Février 1980, le jeune Abdelkader Lareiche est tué d’une balle dans la tête par un gardien d’immeuble dans une cité de Vitry. Dans un contexte marqué par plusieurs crimes racistes et une politique de répression sécuritaire, ses amis se mobilisent autour de la mouvance “Rock Against Police”. Quarante ans après les faits, une jeune femme, Philomène, part à la rencontre des militants et acteurs de ce mouvement. Parmi eux, Mounsi, à la fois poète, compositeur et chanteur, témoigne de cette période d’affrontements avec les forces de l’ordre. Il raconte le 17 octobre 1961 lorsque son père et son oncle ont rejoint la manifestation à l’issue de laquelle l’oncle a disparu, sans doute noyé, le père ne ré-émergeant qu’une semaine plus tard avec les stigmates de la féroce répression policière orchestrée par le préfet Maurice Papon.

Film réalisé dans le cadre de la résidence Frontières 2019 au Musée national de l’histoire de l’immigration. 

Affiche du film Daw de Samir Ramdani

Daw ou la science-fiction pour transmission (2023)

Quelque part en banlieue parisienne, des adolescents disparaissent mystérieusement. Dans le court-métrage Daw de Samir Ramdani, le massacre du 17 octobre 1961 quitte l’archive pour entrer dans un thriller de science-fiction : un court-circuit temporel où l’histoire revient hanter le présent. Le massacre est rejoué dans une forme contemporaine, qui facilite la transmission de la mémoire à la jeune génération. 

Pour aller plus loin 

Dans les arts visuels

Peinture à l'huile "Algérie algérienne"

Leonardo Cremonini, Algérie algérienne, 1961, peinture à l’huile (80 × 130 cm), Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2013.34.1.

Algérie Algérienne de Leonardo CREMONINI

Avec son œuvre intitulée Algérie Algérienne, le peintre figuratif italien Leonardo Cremonini s’inscrit parmi les rares artistes engagés à avoir traité de la tragédie de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961. 

Au centre de la toile, une banderole, portée par une foule que l’on devine, arbore une série de lettres écrites à l’encre rouge, qui suggère aussi bien la rage et la détermination des auteurs de celle-ci que la violence et le sang versé lors de cet épisode tragique. Le mot tronqué de quelques lettres, au centre de la Banderole, en gros plan saisissant, affirme le destin inexorable vers lequel doit tendre l’Algérie.  

En savoir plus

Eric Manigaud - Elie Kagan 3

Éric Manigaud, Elie Kagan #3, 2018, crayons et poudre graphite sur papier, 124 cm x 169 cm, Musée national de l'histoire de l'immigration, inv. 2018.143.1

© EPPPD-MNHI, © Eric Manigaud. Courtesy de l'artiste et de la galerie Sator, © Adagp, Paris, 2021

Série Octobre 1961, d’Éric Manigaud 

Plasticien français né en 1971, Éric Manigaud utilise le dessin pour révéler les angles morts de l’histoire, notamment coloniale. 

Dans la série Octobre 1961, Éric Manigaud se saisit des manifestations algériennes du 17 octobre 1961, partant de photographies de presse, de Georges Azenstarck, Elie Kagan ou de celles utilisées par Jacques Panigel pour son film Octobre à Paris. Sa démarche vise à révéler, « remémorer » par le dessin des événements, des individus, restés aux marges de la société ou occultés par l’histoire. Partant des photographies, qu’il projette sur une feuille de papier, l’artiste s’attache à reproduire trait par trait, estompe après estompe, à l’aide de crayon et de poudre graphite, chaque détail de la projection photographique. 

En savoir plus

17.10.61, le triptyque des Sœurs Chevalme

Sur commande du Département de Seine-Saint-Denis, pour sa collection d’art contemporain en 2018, le duo d’artistes contemporaines a imaginé un triptyque consacré au massacre du 17 octobre 1961. 

Dans cette œuvre monumentale, les deux artistes reprennent les codes de la fresque historique pour rendre hommage à une action non violente et populaire qui marque une étape dans la marche vers l’indépendance de l’Algérie. Les dessins ont été réalisés à partir de fragments d’archives photographiques et filmographiques puis assemblés dans une composition qui se lit de gauche à droite offrant une chronologie, en apparence linéaire, de la nuit du drame. 

Dessin de Tomi Ungerer, Paris by Night

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Tomi Ungerer, Paris by night, 2001, encre sur papier cartonné, 50 x 40 cm, Musée national de l'histoire de l'immigration, inv.2024..1.2

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© Palais de la Porte Dorée

Paris by Night, de Tomi Ungerer

L’auteur, dessinateur et illustrateur alsacien Tomi Ungerer (1931-2019) a réalisé un ensemble de quatre dessins intitulé Paris by Night, à l’occasion de l’exposition « 17 octobre, 17 illustrateurs » organisée en 2001 par l’association Au Nom de la Mémoire. 

Présentés pour la première fois au public à la Conciergerie à Paris, entre octobre et décembre 2001, ces dessins de commande s’inscrivent dans la commémoration du quarantième anniversaire des manifestations du 17 octobre 1961.

Deux de ces dessins ont été acquis par le Musée national de l’histoire de l’immigration et font désormais partie de la collection. 

Pour aller plus loin : 

Le 17 octobre dans les collections du Musée

Laisser passer de Saïd Abtout

Le laisser-passer de Saïd Abtout

Les Mohamed, de Jérôme Ruillier, planche 194 © Collection du musée de l'histoire et des cultures de l'immigration, Ed. Sarbacane/Amnesty international, 2011

Les Mohamed de Jérôme Ruillier

Halim Mahmoudi, Un monde libre, Des ronds dans l'O, planche 10, 2013 (date de première parution). Crayon, feutre et encre sur papier. Musée de l'histoire et des cultures de l'immigration.

Un monde libre de Halim Mahmoudi

Eric Manigaud - Elie Kagan 3

Série Octobre 1961 d'Éric Manigaud

Affiche pour la commémoration du 30e anniversaire du 17 octobre 1961

Affiche commémorative pour le 30e anniversaire du 17 octobre 1961